Requiem pour 2015 : l’année 2015 vue par Greg Bod (7/7).

« Look up here, I’m in heaven

I’ve got scars that can’t be seen

I’ve got drama, can’t be stolen

Everybody knows me now »


Une année s’achève quand les résolutions prennent du plomb dans l’aile, quand les résolutions s’endeuillent.

Quand les  » je ferai différemment » se transforment en « peut-être que ».

Quand le gui n’a même pas encore fané, quand le sapin n’a pas encore fini sa vie sur un bord de trottoir entre le trivial des containers à déchets et la tristesse des cadeaux avariés ou déjà cassés.

Une année, ce sont des expériences et des chocs… Les expériences et les chocs musicaux qui m’ont marqué cette année ressemblent finalement à s’y méprendre aux événements terribles que nous avons traversé. La parfaite symétrie d’un géomètre génial, les fondations fragiles d’un architecte soucieux du moindre détail.

Des musiques comme des mises en scène de nos dramaturgies.

Pourquoi parmi la multitude de disques sortis et écoutés, pourquoi mettre en avant 20 disques plus que d’autres ? Pourquoi cinq plus que tous les autres ?

Ces disques-là, quand je m’évoquerai dans quelques années ces mois passés, referont monter à la surface ces émotions, ces images de 2015.

Parmi toutes ces images, il y a celles que nous avons tous traversé ensemble et les intimes qui n’ont pas lieu de se répandre ici. Les milles et un tracas d’un quotidien cannibale, la trahison des égos, la petitesse écartée du virtuel.

De ces images, j’en retiens quelques unes.

Cette pochette de Some People Swim, nouvel album de John Trap alias Thomas Lucas. Cette photo de lui enfant avec son père aujourd’hui disparu. Une photo banale me direz-vous ? Oui mais de ce banal qui prend aux tripes, de ce banal conjugué au passé.

Une autre image vient se rajouter à cette image. Celle d’une interview de même Thomas sans alias, honnête et droit dans ses bottes. Une autre image encore, toujours lors de cette interview. Moi qui me rappelle cette image de la pochette de cet album face à Thomas Lucas qui évoque son père disparu, qui évoque le drame du bataclan qui vient de se produire.

Je comprends pourquoi alors cet album, Some People Swim m’a autant interpellé. Ces titres comme autant d’expulsions de l’envie d’évoquer l’autre au passé, de le traduire à l’imparfait. Ces titres comme autant d’envies d’être.

Je comprends aussi que les albums qui m’auront bouleversé ont tous cette communauté de ton, l’évocation du deuil.

La douleur ultime sous ses facettes aux prismes infinis.

Des deuils, des disparitions qu’il faut bien digérer, qu’il faut bien ranger tout à côté de soi; des hymnes à la vie finalement

Au creux de la pochette et du livret de Some People Swim fait d’un bric à brac de textes et d’images étranges, il y a cette petite phrase au coin d’une page comme un résumé, comme un manifeste de la musique du morlaisien.

« I feel so deeply sad and it gives me so much pleasure. »

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Jamais sombre mais jamais lumineux non plus, Some People Swim convoque les moments passés que l’on ne veut pas, que l’on ne peut voir se diluer dans d’autres espaces temps.

Ce n’est ni jamais triste, ni jamais gai. C’est plus du territoire de la neutralité qu’évoque le souvenir.

C’est le territoire de la confidence chuchotée, du murmure qui veut apaiser (It’s Not My Real Face).

Le ton peut devenir menaçant et prendre les accents d’un Lynch couplé à son Badalamenti fidèle période Twin Peaks Fire Walks With Me (Let’s Jump In The Fire) mais une inquiétude presqu’inoffensive, de celle des cartoons. Ces chutes sévères avec ces héros qui se relèvent toujours à la fin, ces pas dans le vide avant le vertige hilare.

Ce sont des comptines perturbées comme pour rassurer le petit enfant qui n’en finit pas de tenter de survivre sous nos carapaces en trompe l’œil d’adulte…

Il y a ces monstres des placards, les nôtres.

Ce monde de l’enfance, de l’émerveillement, du jeu avec les troubles, de la conjugaison des sentiments, du plaisir des virevoltes, de la douceur des regards avant les grands fracas, avant les pertes, avant les deuils, avant les morts qui nous hantent plus que les vivants.

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Ami lecteur, arrête-toi, assieds-toi à côté de moi. Je vais te raconter une histoire, pas vraiment un conte, plutôt une fable mais sans moral. L’histoire d’une famille, d’une famille comme la tienne. Ni vraiment parfaite, ni pleinement cabossée.

La fable… Un petit garçon, Sufjan, avec sa longue frange et sa coupe au bol qui bouffe son regard et ses rêves.

Sa maman, Carrie, aimante et fragile. Son beau-père, Lowell, qui tient dans un gant de velours ce petit ensemble instable.

Les années qui passent, les repas autour de la table, les rires, la découverte de la musique puis puisqu’il faut toujours que les chemins mènent à une fin, un 4 du mois de juillet, une chambre d’hôpital, le temps des regrets et des remords qui commence.

Cette histoire, c’est celle de Sufjan Steven qui circule tout au long des 12 titres qui constituent le bouleversant Carrie And Lowell.

Il y a des œuvres aux évidentes filiations, aux nécessaires parentés. Je ne parle pas d’influence ni de confluence. Non,non, ami lecteur, élargissons notre vue. Ne vois-tu pas le rapport évident entre le No Song No Spell No Madrigal de l’aîné Peter Milton-Walsh que chez le fiston Sufjan ou le voisin John Trap ?

Pourtant, à l’écoute des trois albums, sans doute , mon ami, ne verras-tu pas de communauté d’esprit entre ceux-là ?

J’en conviens aisément mais sans doute le seul autre frisson universel, par delà l’amour, restera toujours l’expérience de la mort d’un proche et du deuil. Frisson universel comme thématique des deux disques.

La perte d’un fils pour l’un, la mort de sa mère et de son beau-père pour l’autre, le décès du père pour le dernier.

Carrie And Lowell est un reptile qui rampe lentement et t’infiltre doucement. Du Death With Dignity qui laisse l’esprit du silence s’ouvrir en nous au Should Have Know better (aux tonalités si proches du KIngs Of Convenience des débuts)qui réveille nos flâneries libertaires de nos 03 ans, quand nous étions doux, pas usés, nous traversons des âges comme des particules de sentiments.

Chez Sufjan Stevens, l’ami, il y a cette maîtrise d’une narration complexe aux différents espaces temps et aux personnages mêlés.

Entrer dans Carrie And Lowell, c’est participer de ces moments à venir, peindre les murs de nos maisons à l’intérieur de nos têtes d’un papier peint intime.

C’est marcher dans des couloirs obscurs, rejoindre la butte de Spencer, ces lieux sans mémoire pour nous (All of me wants all of you). C’est sentir les autres derrière les pertes et les portes (Drawn to the blood).

C’est entendre ceux qui font l’amour, qui soupirent, qui rêvent, ceux qui hurlent face à leurs mirages.

Dans les pièces plus blanches, dorment ceux qui doivent mourir, s’éteignent les Versailles de nos enfances.

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Vivre le deuil, c’est partager la douleur. Avec ses proches, les siens.

Quand on est un musicien, on peut partager par la dilution, par la dispersion de ses cendres au milieu de toutes les sensibilités qui sauront saisir ces perches tendues comme des appels au secours, comme des instants d’attention.

Peter Milton Walsh de The Apartments, personnification de The Apartments, l’a bien compris.

Quand No Song No Spell No Madrigal est sorti il y a quelques mois, Peter se montrait tel qu’en lui-même, commun parmi les communs, vivant les drames que seuls quelques uns traversent mais que tous craignent.

Là où on le serait tenter par le piège de l’oubli, la fatigue de l’usure, l’australien préfère tendre vers nous ces choses que l’on garde dans ses coins obscurs.

Car parfois certaines douleurs quand elles deviennent trop grandes ne peuvent plus être mesurées, ne sont plus interprétables par le cœur humain…

Car alors, la seule chose qui nous sauve de nous-mêmes, c’est ou le silence ou le partage…

L’australien a choisi les deux. Ou plutôt les deux se sont imposés à lui…

Chez toi, Peter, il y a cet équilibre instable entre l’aveu désarmant et le rebond de la pudeur retenue, ces sables mouvants entre inertie et frénésie. Ces détails à traduire puis ces évidences auxquelles se confronter. Comme des douleurs que l’on espérait enfin battues par le vent, ces deuils que l’on pensait accomplis. Pourtant à la faveur d’un lieu, d’une porte que l’on prend, d’un camion vide que l’on charge de souvenirs. Mais la mélancolie nous sauvera toujours de tout, de l’acceptation, de ce l’on doit refuser, de la douleur de l’absence.

No Song No Spell No Madrigal porte les couleurs du deuil, il est habité par le temps qui passe, par la mort. Pourtant jamais, il n’est oppressant ni neurasthénique. Il est juste bouleversant. On aurait aimé oublier, ne pas se rappeler, ne pas être chosifié par le chagrin,ne pas conjuguer l’autre au passé, à l’imparfait du subjectif. On aurait aimé vaincre l’injuste, l’inconcevable.

Peter, je ne te vénère pas, je ne t’admire pas. Je pense juste te comprendre un peu, je me sens proche de toi, proche de ce qe tu lâches avec cette sincérité indiscutable, cette lucidité tendre.

Bien plus qu’un retour aux affaires de The Apartments, No Song No Spell No Madrigal est un gâteau d’anniversaire aux 21 bougies qui tremblent dans la pièce éteinte.

Elles vacillent, elles manquent de se consumer trop vite mais jamais elles ne s’éteignent vraiment.

Elles ont cette joie particulière patinée par le manque et la douleur. No Song No Spell No Madrigal est une oeuvre crépusculaire mais qui convoque bien d’autres crépuscules. Bien plus qu’un retour artistique, c’est un retour à la vie.

« For whom something had to stop

For whom something had to go on « 

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Qu’est ce qu’un album de chevet ? C’est ces rares albums dont vous savez dès la première écoute qu’ils ne vous quitteront plus… C’est ces rares albums de ceux que vous croyez écrits pour vous… C’est de ces rares albums qui arrivent pile au bon moment dans votre vie, qui semblent comme en être un reflet exact mais idéalisé, comme sublimé, comme un révélateur de nous sans artifice…

Pourquoi parler de la beauté alors que ce qui nous entoure est si laid ?

Pourquoi ?

Pourquoi ne pas renoncer face au pathétique, au creux, au factice ?

Comment parler de la beauté sans être ridicule ?

Je ne vous parle pas de ces beautés communes aussi vite vues, aussi vites oubliées.

Je vous parle de ce frémissement qui reste en vous comme l’empreinte d’une sensation ancienne.

Cette exacte certitude de percevoir encore le poids de ce nouveau-né dans vos bras comme une douleur d’un membre fantôme. Pourtant, aujourd’hui, ce nourrisson bat la campagne sans vous.

Cette sérénité simple, l’autre endormi, paisible dans son sommeil, lové dans ses visions nocturnes, emmitouflé dans ses rêves, pour un instant apaisé dans l’abandon.

Ce tout petit relâchement des membres tout de suite avant le flou dans le regard.

Pourquoi chercher la beauté ? Sans doute pour répandre quelques fractions d’éternité.

Pourquoi tendre ses bras vers une quête aux moulins comme le vieux chevalier rabougri les aime ? Car sans doute, on est juste bêtement humains, faillibles et temporaires.

Il est rare à l’écoute d’un disque d’être frappé instantanément par la qualité d’un disque. Pourtant, à force que je découvrais les titres qui constituent Who Is The Sender ?, je prenais conscience que je vivais un événement, que j’étais face à un disque majeur.

Dès les premières notes  comme une évidence. Nul besoin de conciliabule ni de soliloque stérile.

Tentons là, tout de suite, de nous rappeler notre première écoute d’un de nos albums de cœur, ces extensions de nos viscères, ces fondations constitutives. Rappelez-vous le charme premier de Harvest, la foudre venimeuse du Unknown Pleasures, le compagnon It’s A Wonderful Life et peut-être commencerez-vous à mesurer le choc que vous ressentirez à l’écoute de Who Is The Sender ?.

Dans ces 13 titres, il y a cette urgence tranquille d’un homme entré dans les grandes étapes d’une vie, celles où il est question de transmission, de perpétuelle suspension entre les souvenirs et l’envie de construire ce qui reste à construire. On sent chez Bill Fay une urgence heureuse à vouloir balayer le temps perdu, le rattraper, le dépasser.

On pensait Life Is People insurpassable, on se trompait. Nous vivons une expérience étrange pour ne pas dire paradoxale. En effet, nous assistons à l’éclosion d’un artiste en devenir comme si l’auteur de Time Of The Last Persecution reprenait le chemin entamé et laissé en friche dans les années 70.

Entre contemplation et introspection de ce qui est au plus profond de soi, de nous, Bill Fay quête la transcendance dans les mouvements immobiles d’un nuage, dans la mélodie moléculaire de la pluie, dans les rayons circulaires du soleil.

Apaisé, lucide, l’anglais évolue dans un monde sans âge, dans ces espaces temps qui font les standards.

Imaginez le Spiritualized de Jason Pierce qui délaisserait (enfin) son psychédélisme pompier, Ed Harcourt et ses quelques effets de manche en moins, le Richard Hawley des débuts.

Du Rod Mckuen de Push The Clouds Away au David Sylvian de Waterfront, Bill fay poursuit et prolonge ces parcours entre silence et élan divin.L’auteur de Who Is The Sender ? nous parle avec des mots simples, limpides, parfois lyriques de notre monde imparfait à l’image de son voisin de création, Paul Simon.

Une chanson peut changer une vie. Elle peut être un abri auquel on reviendra souvent dans les moments d’incertitude.

Une chanson peut être un abri, une maison accueillante.

Il n’y a finalement rien de plus nécessaire que l’inutile, il n’y a rien de plus profond que le limpide, il n’y a rien de plus précieux que l’un face aux multiples. Ce qui compte ce n’est pas l’acte mais son empreinte.

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Avec Julien Orso Jesenska, on ne s’est jamais rencontrés, on s’est parlé une fois au téléphone. Pourtant, quand je vous parle de rencontres, il y a parfois des évidences.

La certitude d’une sincérité, d’une proximité, d’une reconnaissance en l’autre.

Avec Julien, nous avons fait un bout de chemin. Sa musique évoque tant d’images par tous mes pores qu’il serait difficile d’en évoquer une seule. Lui qui dans une acuité visionnaire, nous parle des migrants dans Effacer La mer est de ces âmes généreuses car ouverte vers le monde, car aux aguets, car humaniste.

La musique est une question d’humanité, de sensibilité. Elle ne peut être une activité comme les autres tant pour celui qui la « consomme » que pour celui qui la « produit ».

Celle d’Orso Jesenska est de celles qui se jouent de nos orbites nombrilistes, qui ravivent notre regard, qui irritent notre étonnement.

Effacer La mer est l’exact antidote à 2015, son double positif, un papier de nitrate d’argent qui révèle d’autres expositions possibles.

Je suis heureux de connaître la musique de Julien Orso Jesenska, de l’accompagner, de soutenir cet élan qui en amènera d’autres…

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Il y a tout juste une semaine , je commençais avec vous ce périple en 2015 par ces mots :

« Une année ne se termine ni ne se commence jamais au carillon de minuit, il lui faut un acte fondateur pour cesser sa dilution, sa dilatation dans l’espace. Une année à venir peut faire sentir ses parfums bien avant son éclosion.

Comme un siècle finissant fait sentir ses mélodies fin de siècle sur des fonds de Piano à la Mompou ou dans la perte des lieder d’un auteur disparu. »

2015 est née un 07 janvier et est morte le 10 janvier dernier.

2015 aura été hanté tout au long de son existence par une étoile noire. Nous la voyons parfois dans le ciel, souvent sur les drapeaux, trop sur nos écrans de télévision.

Le 10 janvier dernier, cet astre noir a révélé un petit peu de son mystère, de ses cicatrices , de ses plaies.

Une étoile, c’est un peu un guide qui nous suit et nous dirige doucement.

Rappelez-vous des navigateurs du temps passé qui traversaient les océans à vue, au regard des étoiles.

Rappelez-vous des phares le long des côtes, amers compagnons rassurants.

2015 est née un 07 janvier et est morte le 10 janvier dernier.

De 2015, que devons nous retenir ? Les ruines des villes syriennes ? Les victimes du Bataclan ? Les erreurs politiques ? Les calculs d’apothicaire dont on paiera un jour la note ?

Les regards de terreur des gens que l’on évacue d’une salle de concert ? Les terrasses des restaurants  et les rires comme des résonances dans la pluie ?

Que doit-on retenir et que doit-oublier ? Faut-il oublier pour que cela ne s’incruste pas en nous ?

Ou faut -il garder en mémoire pour apposer une vigilance à nos pensées rances ?

Retenir ou oublier ? Et si nous faisions un peu des deux.

Retenir chacun de ces moments  pour à partir de ces drames construire un rempart bienveillant contre nos bêtises et nos renoncements.

Ici, il n’est pas question de résolution ni de verbalisation de bons sentiments démagogues vite dits, vite formulés et aussi vite oubliés.

Ici, il est juste question de nous, de ce que nous sommes.

2015 est née un 07 janvier et est morte le 10 janvier dernier.

2016 ne pourra être mieux, essayons juste de ne pas la rendre pire.

Modestement, humblement, je dédie ces mots, ces pensées aux victimes et aux familles des victimes d’attentats perpétrés en 2015. Qu’ils soient à Paris ou ailleurs.

Car ces gens là, présents ou absents sont les témoins de nos futurs à venir.

Je vous souhaite à tous le meilleur pour cette année 2016

Bises à vous


Greg Bod


« J ai la nostalgie des heures a venir

Le fiel envieux

La fragilité qui chuchote

Le murmure qui respire

 

J’ai deux ombres

Celle des collines

Celles des ruines

Niché au cœur de la roche

Drapé dans le vent

Cette jeune fille que tu étais

Au pied du corps

Au bas des rues

Rythme enroué

 

Comment un jour je quitterai les terres sableuses

Je ne le sais pas encore

Comment le vent portera nos carcasses

Il ne le devine plus

 

Pour qui sonne la cloche ?

Tocsin… Glas…vanité de ceux qui croient encore

 

Nous combattrons a nouveau les hommes volants

 

Vient le temps de la jeunesse

Celui des fêtes tristes

Celui des départs

 

Ici les impurs n’ont pas de poids

Là où les os se laissent aller

 

Il faudra se perdre dans l informe

 

L aurore est belle

Elle aura la couleur de tes joues

Elle nous ressemblera

Les signes et les chiffres qui s’inversent. »