Bekolympics, la compile médaille d’or.

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A l’heure où la compétition fait rage entre les dénicheurs plus ou moins obscurs et les passeurs souterrains plus ou moins assidus d’une scène contemporaine riche et inventive, le label de qualité Beko est promis à une médaille certaine avec sa réjouissante compilation estivale (sortie vendredi 5 août). Dans un genre de dodécathlon pop luxuriant, Bekolympics réunit fidèles défenseurs des couleurs locales, naturalisés temporaires et invités prestigieux. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ne s’économisent pas pour euphoriser votre été : tous les qualifiés pour ce grand rendez-vous, athlètes-compositeurs solo, duo, ou équipes de mélodistes de choc, rivalisent de justesse et de précision pour nous offrir la bande-son idéale de la grande kermesse sportive planétaire. Grâce à la délégation Bekolympics (d’ores et déjà assurée d’une belle moisson de titres et de places d’honneur), vous pourrez vous vautrer tranquillement dans votre canapé en simili cuir une bière à portée de main pour admirer les exploits des vos champions préférés sans avoir à subir les traductions à l’emporte pièce de Nelson M. ou la vacuité sans fond des inénarrables commentaires Patrick M.

Formidable collection de sauts parfaits, de tirs cadrés, de jets réussis et de foulées millimétrées, Bekolympics met dans le mille et offre aux amateurs éclairés et autres esprits curieux une palette de médailles confectionnées à la main dans les meilleurs métaux. Fans des glorieuses années du label Sarah Records, de Radio Dept ou des Pastels, amoureux des Sundays, des Go-Betweens ou des guitares new-wave, il y en aura pour tous les bons goûts. Passée la première impression de voir roder dans les gradins les ombres de ces anciens champions admirés, vos héros d’antan, ceux qui s’affichaient fièrement sur les murs de votre chambre d’ado, une fois les muscles relâchés et la tête débarrassée du superflu et des a priori, vous pourrez vous abandonner à ce défilé de savoureuses et savantes compositions. Une variété de sensations différentes réunies dans une même ambiance, une même humeur, un même élan. Douze nuances de pop.

Et s’il plane au-dessus du bassin olympique une douce mélancolie teintée d’éclairs lumineux, une constante et une ambition commune rassemblent les douze participants : l’élégance d’un savoir-faire originel mâtiné d’une belle dose d’envie et d’audace. Dans la lignée de leurs prédécesseurs, ces beautiful loosers, ces Coubertin des arpèges, qui entrainement après entrainement, match après match, ont fait vivre l’esprit olympique, leurs jeunes émules ont bravement repris et porté la flamme pour faire vivre le feu sacré, digérant, malaxant, triturant les règles établies par ces héros d’avant dans leur quête du précieux graal : la pop song parfaite. Alors oui les règles ont bien changé, le fric et les médicaments sont partout, les jeunes talents aidés sont de vieux croutons confits dans leur satisfaction et de nombreux exploits pop 2016 resteront au pied du podium, mais là n’est pas l’essentiel. Faisant bien plus que participer à ce combat pacifique, nos douze champions relèvent le gant avec classe et placent la barre du plaisir pop très haut. Toute la beauté du geste.


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Cérémonie d’ouverture haute en couleurs avec Balladur qui fait défiler dans Olympique Layat toutes les nations d’une électro-pop métissée, universelle, réunie autour d’une même envie de sautiller en se souvenant que la pop a cela de formidable et de généreux qu’elle a toujours su accueillir en son sein tous les genres à condition qu’ils respectent une certain forme de savoir-composer et de savoir-aimer. Le tour de piste parfait.

Avec Heavy Discus de Chevalier Avant Garde, on entre dans le vif du sujet. Si elles ne sont pas les plus immédiatement sexy pour le grand public, les épreuves de lancer sont pourtant parmi les plus anciennes et les plus suivies des amateurs éclairés. Le tempo est ralenti, le sportif prend son temps, les beats mordent la peau et s’insinuent dans la tête avec la conviction d’un esthète sur de son coup, un artiste du jet qui sait allier technique, force et élégance. Très fort. Mordant mais pas mordu.

Avec Basketball, Rémi Parson poursuit inlassablement son œuvre de mélancolie classieuse et dansante. Dans la droite ligne de la deuxième partie de son album Précipitations ou du récent EP Montauban, il pose cette fois ses guitares glacées et ses boites à rythme vintage sur un parquet glissant à souhait. Leçon de séduction pour meneur de jeu se la jouant solo, feintes et blocages, maladresses et tentatives de passage en force. Rien n’y fera. Il rentrera au vestiaire la tête basse. Une dernière faute technique. Lancer franc. Défaite au buzzer. Cruel. That’s life. Une mélodie une nouvelle fois imparable et immédiate, une voix qui hésite entre le shoot à trois point et le drible. Et une sincérité implacable.

Drug Train délivre un 1976 hypnotique et planant, envoutant et sensuel, serré et gracieux à la fois, qui mérite sans hésiter un 10 sur 10 du jury. Un peu comme la roumaine Nadia Comaneci à Montréal il y a (déjà) 40 ans.

Avec Super Crayon et Marathon, on ne rigole plus. Ou alors jaune. Épreuve phare avec le 100 mètres, épreuve quasi-inhumaine, le marathon est fait pour les vrais, les purs, les durs au mal. Mais aussi les fiers, les égocentrés, les contents d’eux, les obstinés. Lancinantes boucles électro qui s’étirent à l’infini, mélopées trainantes émergeant de la brume comme la voix off de l’athlète, sa conscience qui lui demande de continuer, malgré la pluie, la fatigue, la nuit, les autres, le dégout, les échecs, les ratés. Seul contre tous. Mais la victoire est au bout.

Sur Relay, Djokovic envoie ses guitares claires et super affutées s’enrouler autour de beats solaires et irrésistibles. Le stade est rempli à craquer, les équipes dans les blocks, certains font les beaux, les fiers, montrent leurs muscles, d’autres sont plongés dans le stress, la concentration : toute la dramaturgie d’une course d’équipe où la technique n’est rien sans ce supplément d’âme, d’amour, cette envie de gagner et de jouer ensemble. Quand une seule fausse note peut faire s’écrouler une chanson parfaite. Cela n’arrivera évidemment pas ici. Transmissions au cordeau et réussies, un passage de témoin entre les envolées étincelantes d’une pop jamais vraiment disparue et l’envie de faire vivre une tradition, une certaine idée de la musique.

The Royal Landscaping Society plonge dans le grand bain avec Swim, pour un 100 mètres nage libre de toute beauté. Les beaux gosses et les sirènes des bassins filent comme des torpilles mélodieuses dans les nouvelles vagues pop, les coulées sont propres et fluides, on ne perd pas de temps dans les virages, on va à l’essentiel, et à l’arrivée, médaille d’or et record Olympique. Sans combinaison, ça fait du bien.

Sur Cycling, Finnmark! montre que tout n’est pas perdu. Que certains entretiennent l’esprit bien vivant d’une discipline à l’ancienne. La technologie, les statistiques, les performances, le calcul, la stratégie ont beau avoir envahi la route, il subsiste ici bas des artisans d’une pop faite main, à l’ancienne. C’est beau, limpide, net et sans bavure, ça file, comme aux plus beaux jours d’un cyclisme d’avant le dopage, quand tout se jouait à la pédale, à l’enthousiasme et au panache. Sans calcul mais avec précision. Maillot jaune.

Photon montre ses muscles avec Discobolus mais on est loin du concours de Mister Univers. Ici les muscles sont proportionnés et naturels, c’est du bio, pas d’hormones ou de créatine, pas de gonflette illusoire et vaine. Ici tout est élégance et finesse, autour d’une ritournelle dopée à l’air pur et aux plantes, des guitares écorchées viennent jouer avec notre cœur convalescent, une voix sur un fil nous invite à danser malgré la défaite. Dans l’air soudain rafraichit du stade olympique, le disque file sans vouloir se poser, aérien, libre. Vol planant.

Si Procedure Club  a opté pour Triathlon ce n’est pas sans raison. Une épreuve pour les vrais de vrais, les braves, les endurants. Mais aussi pour ceux qui ne veulent pas avoir à choisir entre foulée dynamique, coulée profonde et coup de pédale souple, entre mélodies impeccables et escapades sonores intrigantes. Impressionnant.

Avec Mekong Olympics, Ski Saigon rafraichit l’ambiance estivale d’une fête dont on réalise qu’elle va bientôt se terminer comme on émerge brutalement d’un rêve. Le regard hagard, les poils dressés et les muscles un peu tétanisés. Dans nos yeux encore mi-clos défilent les images des épreuves passées, des défaites, des quelques moments de gloire. Douce mélancolie de la fin de soirée. Ranger ses médailles, se préparer au retour.

Cérémonie de clôture impeccable et pleine de classe avec Splash Wave et Synchronschwimmer. L’étonnant mélange de la grâce et du kitsch assumé, hommage à une certaine époque, élégance, harmonie et paix. Les nappes planantes de cette ode aux sirènes nous extirpent peu à peu de la réalité pour nous replonger dans une rêverie aquatique ouatée, douce mais fraîche. Après cela, quelque soit le résultat nous allons avoir besoin de réconfort après le retour aux vestiaires.

Alors il faut remettre le disque au début et repartir pour un tour de piste.

Beko réalise ici une jolie prouesse : nous faire voyager dans le temps musical en faisant resurgir les souvenirs de moments bénis grâce à la musique, tout en proposant une relecture d’un genre qui n’a jamais autant cherché, trouvé, proposé. Ici les guitares ne font pas que « sonner comme », les voix ne font pas que « penser à », les morceaux proposent un panorama brillant, moderne et sexy de ce qui ce fait de mieux en matière de pop cachée, d’une musique à la fois solide sur ses bases et en perpétuelle renouvellement. Par la même occasion, savourons notre plaisir de voir mis en lumière de brillants artistes pas toujours habitués à jouer les porte-drapeaux.

Euphorisant et gagnant.

Bekolympics, médaille d’or des compiles de l’été.


© Matthieu Dufour


La compilation présentée par Beko 

« Les Jeux Olympiques débutent bientôt. Étant de grands sportifs, nous avons pris cela comme prétexte pour demander à quelques groupes de la famille Beko disques ou amis, d’enregistrer un morceau sur le thème du sport. La plupart des groupes ont déjà sorti un disque sur le label, avec une volonté de mettre en avant nos groupes français, les amis de longue date comme Super Crayon, Djokovic et Splash Wave avec qui nous entretenons une relation privilégiée, mais aussi le tout nouveau Photon (dont nous préparons l’album pour cet automne) et les artistes français qui, selon nous, ont sorti les meilleurs albums de l’année dernière, Rémi Parson (Objet Disque) et Balladur (le Turc Mécanique) qui ont gentiment acceptés notre proposition ! Et pas qu’à moitié à en juger par les hits en puissance proposés !

D’autres figures emblématiques du label, les anglais de Finnmark!, Ski Saigon (ex-Mooncreatures), les Espagnols Royal Landscaping Society, les chouchous montréalais Chevalier Avant Garde (qui n’avaient rien sorti depuis bien longtemps) et les cheums du Drug Train (dont le LP, Petite Nature, sera la prochaine du label, prévue cet automne) ont tout naturellement accepté. Sans oublier le grand retour de Procedure Club, après un passage éclair sur Slumberland. »


« Beko est une structure indépendante, notre seul intérêt est de sortir des disques, sans nécessairement engranger un capital. Juste pouvoir ressortir une référence nous suffit. Beko est avant tout une passion, une famille, avec des artistes que nous estimons. Je sais seulement le plaisir que nous avons à sortir ces disque d’artistes des quatre coins du monde qui le méritent tant ! »