Interview – Eskimo.

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PARCOURS

Pour moi, chanter est le truc le plus naturel au monde, j’ai toujours chanté en fait. Quand je suis arrivée à Paris, je suis entrée dans une école pour faire de la danse, du chant, du théâtre. Puis j’ai enchainé, solfège, harmonie, chant jazz. Le jazz c’est ce que je voulais faire à la base (je suis fan de Coltrane) et puis j’ai rencontré des types qui montaient un groupe dans l’école où j’étais, ils étaient sympas, on s’est bien entendus, donc j’ai dis oui et je me suis retrouvée à chanter dans un groupe de Cold Wave.

Mais un groupe c’est compliqué, un peu comme un couple. À un moment, les énergies ne coïncidaient plus donc on s’est arrêtés. On a eu le temps d’enregistrer un petit truc : c’est comme ça que j’ai rencontré Raphael Ankierman et que j’ai enchainé sur De La Jolie Musique pendant 8 ou 9 ans.

DANCING SHADOWS

En parallèle je faisais des trucs plus personnels dans mon coin, pas nécessairement pour en faire un disque mais plutôt pour sortir des émotions, exprimer des sentiments. Je faisais ça sur Garage Band, un peu d’effets, mon ordi. Puis j’ai fini par faire écouter à une amie qui a super bien réagi et m’a poussée à aller plus loin.

Je ne réfléchis pas trop au genre de musique que je fais c’est sorti comme ça. Assez spontanément. Je compose à la guitare essentiellement. Au piano de temps en temps et là je me suis mise à l’harmonium indien.

Je suis contente, il y a des bonnes retombées, les Inrocks, web et papier, Longueur d’Ondes, quelques trucs sympas, pas mal de blogs qui ont vraiment aimé, des bonnes critiques. Souvent quand les gens aiment ils sont vraiment à fond dedans, il y a assez peu de réactions en demi-teinte.

Aujourd’hui on doit faire beaucoup de choses soi-même (démarcher les salles, remplir des dossiers, …) mais je voulais au moins déléguer la promo à une attachée de presse et Laura (Le Baron) a fait un super boulot. Personnellement j’aime bien rencontrer des gens et parler de ma musique donc la promo se passe bien en général.

J’avais largement de quoi faire un album mais vu que je suis en auto-prod j’étais limitée financièrement d’où le format EP, même s’il est assez long pour un EP. Dans les prochains morceaux il y a trois titres en français. Il me paraît plus naturel de chanter en anglais, mais là non plus je ne réfléchis pas trop, ça vient comme ça, en anglais ou en français.

ENFANCE

Mon environnement n’était pas particulièrement artistique. J’avais un grand frère mais il n’écoutait pas beaucoup de musique. Mon père avait quand même un côté artiste, parfois il me faisait faire l’école buissonnière pour m’emmener au musée. Forcément ça m’a marqué. Il écoutait du classique et des trucs un peu étrange (aujourd’hui encore il m’étonne, il adore La Femme par exemple), en réaction je crois, je me suis mise à écouter du jazz.

GOÛTS MUSICAUX

Comme je te le disais je suis une fan absolue de Coltrane et j’écoute beaucoup de jazz en général, beaucoup de musique contemporaine également, du rock (Sonic Youth).

J’adore Keiji Haino, un japonais, un gars à part, très difficile à écouter mais assez fascinant et qui explore des genres très différents.

À part mes potes je n’écoute pas beaucoup de trucs du moment. Le dernier Radiohead, le dernier PJ Harvey, souvent citée en référence mais que je n’ai jamais vraiment trop écoutée. J’étais beaucoup plus fan de Cat Power. Parmi les groupes indés il y a quand même Summer, leur musique est intègre, intense, leurs concerts sont terribles, ça me touche.

Tomoko Sauvage qui fait de la musique électro-aquatique, avec de l’eau, des bols, en résonance avec les lieux dans lesquels elle joue, un truc assez incroyable.

Nina Simone m’émeut énormément, pour sa tristesse, sa façon de tout mettre sur la table. Je n’entends pas de choses comparables aujourd’hui. Sinon quand je veux de telles sensations je vais écouter les gnawas.

FAIRE DE LA MUSIQUE AUJOURD’HUI

C’est difficile mais pour le moment je ne me vois pas faire autre chose. Plus jeune j’aurais bien aimé faire histoire de l’art mais j’ai finalement décidé de faire de la musique et de chanter. C’est dur, souvent tu t’en prends plein la gueule mais j’ai de l’énergie et je suis une battante malgré tout.

Tout le monde galère un peu, donc forcément c’est souvent chacun pour soi mais il y a de belles histoires de temps en temps comme quand j’ai chanté avec Agnès (La Féline) sur scène pour sa release partie, un super cadeau, ou avec Halo Maud. Ou avec ma copine Josépha (Fantôme).

Quand je me retrouve sur scène tout va bien, quand je vois l’accueil du disque ou après un concert comme au Supersonic ça me rebooste : donc je garde le moral malgré les coups de mou. Il faut garder de l’énergie et de la fraîcheur pour écrire, composer, c’est le plus important.

VOYAGER

J’essaye de voyager régulièrement, j’adore ça, je suis allé en Turquie voir mon frère qui fait un tour du monde, j’ai pas mal traîné dans les pays du nord, j’aime bien le côté non latin de ces pays, c’est plus zen, calme. Mon plus gros choc c’est l’Islande, les paysages, l’ambiance. J’aime aussi beaucoup le Japon, la culture de ce pays est très importante pour moi : tout est beau, maîtrisé, épuré, rien n’est jamais superflu que ce soit dans la peinture, le cinéma, la cuisine. J’aimerais beaucoup faire une résidence là-bas. Je garde un souvenir incroyable de Naoshima l’île musée. Je suis allée une fois aux USA pour une tournée avec un groupe en Californie, c’était magnifique, c’est clairement une partie de mes influences, mais il y a aussi plein de chose que je n’aime pas chez eux.

NOURRITURES ARTISTIQUES

Je fais de la poterie, de la peinture, je prends des cours. L’art est essentiel pour moi.

J’adore le cinéma, les japonais par exemple Ozu ou Naomi Kawase, dont je suis ultra mega supra fan.

Je traîne beaucoup dans les expos, la peinture m’inspire, il peut y avoir un déclic devant une toile comme ça. Quand je vais moins bien je vais dans une expo et ça me remonte le moral immédiatement.

LA SCÈNE

J’aimerais jouer plus sur scène : la scène c’est mon truc, j’adore ça, c’est mon élément, c’est là où je suis le plus à l’aise. Mais c’est compliqué de trouver un tourneur. Pas facile de tourner à plus de deux ou trois, il faut souvent une formule light pour trouver des salles plus facilement, être flexible. L’avantage c’est que je peux aussi bien jouer seule qu’avec toute la bande.

PROJETS

Trouver un tourneur, un label, je ne lâche pas l’idée.

Et un vinyle en 2018 !


Chronique de l’EP Dancing Shadows