Magic RPM : the broken spell.

Cher Monsieur Broussy,

Je me fais probablement le porte-parole de valeurs désuètes mais j’aurais bien aimé apprendre l’existence de ce break unilatéral dans notre relation ailleurs que sur un mur Facebook. Un mail, une lettre accompagnant le dernier numéro (pas cette tartuferie d’éditorial par exemple), je ne sais pas, un soupçon de considération. Je sais j’en demande beaucoup mais vous avez su nous trouver pour relancer le magazine, vous auriez pu vous en souvenir au moment d’annoncer cette pause. D’ailleurs, si vous me permettez un conseil, éloignez-vous rapidement du brillant esprit qui vous a recommandé de communiquer dans Gonzaï, grand pourfendeur cynique de l’indie-correct. C’est un peu comme si François Hollande venait annoncer son retrait de la vie politique sur la chaine YouTube de la France Insoumise. Bref.

A la lecture de cet interview (malgré le préambule, la langue de bois n’est quand même jamais très loin) on se demanderait presque pourquoi cette pause tant vous êtes persuadé « d’avoir produit un bon journal, d’avoir revivifié la communauté de ses lecteurs, d’avoir attiré vers nous de belles plumes, d’avoir réussi l’opération de crowdfunding de la fin 2016 et d’avoir été visible en kiosque et dans les médias ». Formidable, que demande donc le peuple, jamais contents ces cochons. D’autant plus que « quand nous avons publié notre dernière « une » avec Daho, nous avons eu sur Facebook un nombre de likes jamais vu pour une « couv » ». Euh… Moi aussi quand je poste des chatons j’ai des likes, mais ça ne me fait pas pour autant gagner des clients. 

Tout va donc très bien, à part ce léger souci d’équilibre financier. Vous me faites penser (désolé pour cette nouvelle allusion à votre passé et ce léger accès de populisme) à ces hommes politiques jamais vraiment responsables, qui ne comprennent pas pourquoi les gens s’éloignent de la politique. Et je ne parle pas de vos collaborateurs qui partent à cause de légers désaccords, mais pas fâchés et encore amis. J’ai écris ces lignes avant d’apprendre le départ collectif de ce jour, mais ce n’est de toute façon pas mon propos. Je ne connais pas ces gens qui font le journal, ce qui passe dans votre rédaction devrait peut-être y rester, et cela n’a aucune influence sur mon rapport à Magic.

Car je me dois d’être totalement honnête. Je ne suis pas fâché. Je ne suis ni en colère, ni déçu par cette nouvelle : je crois bien qu’en fait je m’en fiche. Franchement, je continuerai à écouter des disques, à découvrir des artistes, à aller voir des concerts. Sans vous. Avec d’autres. Je ne suis même pas triste mais toute l’affection que je pouvais avoir pour ce journal s’est comme évaporée. Dès les premiers jours de la nouvelle formule. Dès la première couverture (The XX si ma mémoire vieillissante est bonne), j’ai éprouvé comme un malaise. Cela ressemblait trop à une couverture « sponsorisée ». Je me souviens avoir feuilleté le magazine sans vraiment m’arrêter sur un article ou une chronique. Les numéros suivants se sont entassés aux toilettes, à peine lus, comme neufs, une chronique par-ci par-là, des bribes d’interview, une réédition. J’en suis désolé, notamment pour toutes les brillantes plumes qui ont officié sur ces différents numéros, mais le charme n’a pas opéré. Quand j’ai dépensé quelques dizaines d’euros pour participer au retour de Magic dans ma boite à lettres, je ne plaçais pourtant pas dans cette histoire d’attentes extravagantes, j’étais plutôt content. Soyez certain que je ne fais pas non plus partie de la cohorte des ayatollahs qui pensent que tout était mieux avant (la preuve je suis encore abonné et lecteu Inrocks…). Les temps changent comme dirait Solaar et je suis hermétique à toute nostalgie, cela ne m’intéresse pas tant je n’ai aucune envie de retourner 25 ans en arrière. Non je trouve juste cette nouvelle formule un peu bâtarde, comme essayant de concilier l’impossible, le meilleur d’avant et de demain. J’arrive avec 4 pages sur de vieilles gloires mythiques des années 80 mais je fais preuve de ma contemporanéité en ouvrant quelques pages à La Souterraine… Un exemple subjectif parmi d’autres. Mais pour moi cela ne fait pas une revue pop moderne.

Je ne suis pas un expert des médias, ni de l’industrie musicale, mais il me semble que quelques notions de marketing de base peuvent néanmoins s’y appliquer : qu’on appelle ça une cible, une audience ou un public, un positionnement, une ligne éditoriale, une différenciation il faut bien un jour choisir son camp et s’assurer que  l’on rempli un rôle, une fonction, que l’on comble un vide. Que sans ce produit, cette marque ou ce journal il y aurait un véritable manque pour les publics concernés. Sinon c’est du mécénat. Et pourquoi pas, c’est une noble activité. Mais il y a déjà tant de contenus, partout, tout le temps. Peut-être qu’il faut se demander s’il y a une place pour un Magic tel que vous l’avez imaginé. Mais je suis bête, vous y avez forcément pensé et tout cela n’est pas mon boulot, je ne suis qu’un lecteur lambda, un lecteur parmi d’autres. Il y en a surement plein qui pensent le contraire. Je suis juste un lecteur qui a essayé de faire un effort en passant plus de temps sur le dernier numéro en se disant que c’était peut-être bien le dernier. Mais bien qu’étant un fan plutôt hardcore de Daho, malgré tous les beaux albums présentés (The Apartments, Nesles, Michael Head, …), il m’est une fois de plus tombé des mains. Le cas Daho est un bon exemple de mon dilemne : Télérama, Inrocks, France Inter, … il est partout en ce moment. Album, livres, expos. Navré mais la lecture de Magic ne m’a rien apporté de plus que tout ce que j’ai déjà lu, entendu avant, ailleurs. En même temps ce n’est pas grave non plus.

Avant de conclure je suis tenté de reprendre la métaphore de la rupture, de vous dire que ce n’est pas de votre faute, que vous n’y êtes pour rien, que j’ai changé, que je ne vous mérite pas, qu’il ne faut pas vous remettre en question, que vous serez mieux sans moi, avec de nouveaux lecteurs, vierges, enthousiastes. Mais même là, le coeur n’y est plus, je n’ai plus envie de faire semblant.

Je terminerai donc en vous laissant la parole. Bien que vous défendant de vous être payé un jouet ou une danseuse vous déclarez : « Au fond, je veux faire le journal que j’ai envie de lire. ». Alors je me dis que le malentendu est peut-être là finalement : nous n’avons tout simplement pas envie de lire même journal. 

Sans rancune,

Matthieu Dufour