Chronique – VKNG – Illumination.

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Imiter Benjamin Button et rajeunir avec le temps qui passe : l’album de VKNG est une formidable machine à remonter son propre temps intime. Dès les premières notes d’Illumination, envie de faire marche arrière le sourire accroché aux lèvres, de retrouver mon adolescence et une forme d’insouciance, saisir la moindre occasion de foncer sur la côte, suivre Hemingway et Fitzgerald en Espagne sur un coup de tête ou encore filer à New-York ou Chicago pour voir naitre et exploser le disco. Ce disque donne envie de retrouver le soleil du printemps naissant, l’ivresse de la route et des premières chaleurs, danser sans honte sur des plaisirs jugés coupables quelques années après. Succomber avec délice à l’ivresse des toutes premières ivresses, la moiteur des premières boums, la légèreté des lendemains incertains. C’est une invitation à lâcher prise, à se débarrasser des oripeaux encombrants et pesants de l’âge adulte, de la raison, de la sagesse. L’album de VKNG, c’est ce pote de lycée, bourré de charme et de facilités mais qui ne tient pas en place, toujours prêt à faire le mur à la moindre occasion pour aller draguer les filles et faire la fête. Les chansons se succèdent, de montée euphorisantes en vol planants, de plaisirs dansants en enluminures scintillantes. Plus on s’enfonce et plus on s’allège, plus on se libère de tout ce qui emprisonne, contraint, soumet. En grattant, creusant, traversant, c’est jusqu’à l’enfance que ce disque nous emmène.

C’est une musique anti-système, insolente et impertinente, un pied de nez à l’époque et la morosité incrustée, c’est un disque de grands gamins, ceux qui mettent les deux mains dans la mousse au chocolat, ne craignent pas la pluie, marchent dans les flaques, interpellent des inconnus dans la rue, inventent des cabanes avec un carton et une nappe jaunie par le soleil d’un été infini, construisent des châteaux en Espagne dans les arbres et partent combattre les méchants armés d’un tube de Sopalin en carton.

Lâcher prise sans perdre la raison, se laisser aller sans sombrer, retrouver son âme d’enfant et se faire surprendre. Oublier les schémas de jeu, jouer à une touche de balle, plus french flair ou All Blacks que XV de la Rose ou Sprinboks, jeu à la nantaise plutôt que catenaccio, plus Senna que Prost, faire confiance à ses instincts, ne pas se poser trop de question et foncer, laisser son corps ressentir la musique et ne pas avoir peur du regard des autres. Pas besoin de drogue avec la musique de VKNG pour danser. Quand le tempo ralentit, l’ambiance des fins de soirées d’été remonte à la surface avec son cortège d’espoirs brillants, de frôlements de peau et de paroles libérées.

Je ne vous refais pas le CV des deux têtes de VKNG ni le tracklisiting, vous pourrez le lire partout ailleurs. Pas besoin ceci étant d’être féru de musique pour apprécier la qualité des compositions. La qualité est au rendez-vous mais ce n’est pas si important. On est dans l’hédonisme pur. Le plaisir libre et non coupable. La générosité. Une luminothérapie salutaire pour les âmes fatiguées. Si notre pays est vraiment celui des antidépresseurs c’est le moment de le montrer en se mettant immédiatement au bio et au made in France. Plus qu’une fusion des genres qui implique souvent la confusion, un renfermement, cet album est un genre de big bang musical qui rebat les cartes, dynamite les systèmes et mélanges les planètes musicales pour créer un nouveau monde. Un monde qui aurait pris le meilleur de chaque décennie passée. Le meilleur des mondes. Peace, fun and love les gars. Peace, fun and love.


Matthieu Dufour