Une introduction à… Centredumonde.

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Se fier aux apparences.

Ou pas.

Derrière cette voix faussement désabusée, une vraie humanité. Derrière cette humanité chancelante, un vrai désabusement. Derrière le dilettantisme apparent, une production prolifique. Derrière cette production prolifique, un véritable dilettantisme. Assumé, vécu. Derrière les bricolages lo-fi, une véritable culture musicale, un jardin luxuriant d’émotions à vif, de sensations fortes, et des années de compositions. Derrière les provocations acérées, une vraie tendresse. Derrière cette vraie tendresse, un cynisme lucide et implacable. Derrière cette lucidité, un humour cultivé. Ou potache. 80 nuances d’insolence. Derrière cet humour, des tranches de vie intimes et parfois douloureuses. Derrière ces douleurs, des lits d’hôpital, des ruptures, des scènes de ménages et des moments de jouissance.

Derrière le comptoir, des bières, des bouteilles de pastis et de gin.

La vie en somme.

Cela fait un bout de temps que je voulais parler du monde merveilleux de Centredumonde aka Joseph Bertrand. L’année dernière l’excellent label de L’Église de la petite folie m’en avait donné l’occasion en compilant une vingtaine de titre couvrant 15 années de silence trompeur. Bang, une introduction à… avait provoqué chez moi un choc intense. Et pas si courant. L’impression de retomber par hasard sur ce pote de lycée dont j’avais été si proche, ce type avec qui je partageais le goût d’une l’insolence frôlant parfois l’arrogance, mais une arrogance de papier, le goût de l’ivresse et des filles, celui des guitares froides et coupantes, celui d’une nonchalance créative. Celui avec qui j’avais commis quelques morceaux mémorables restés à jamais perdus pour la cause. Ce type qui avait continué dans son coin, plus ou moins sérieusement. Et voilà qu’il déboulait dans ma vie avec un résumé bancal et bordélique en chanson des vingt dernières années de ma misérable existence. Quelque chose comme la découverte d’un secret de famille, d’une cité engloutie, de la femme de ma vie. Cela méritait bien une chronique. Au moins.

Mais la paresse aidant, j’avais laissé courir.


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Puis tout s’est précipité au cours de cette longue et sombre hibernation mentale. Une rencontre en chair et en os au concert de Rémi Parson, la réception de deux K7 explosives me permettant enfin d’assumer ma passion cachée et regressive pour les walkman, la perspective d’une nouvelle rencontre autour du premier live de l’excellent Garden With Lips. Me voilà acculé. Comme la veille du bac.

Rien de ce que je pourrai écrire ne sera tout à fait proche la réalité. Il vous faudra naviguer parmi ce répertoire indécent, foutraque, jouissif. Du survitaminé Petit Punk à Bang, de Rêvons plus sombre à Un hiver de merde, de La nuit me tombe des mains à L’alcool, la clope et le moisi, il faudra vous jeter à l’eau, frôler la noyade, l’hydrocution, il vous faudra ingurgiter quelques litres d’alcool, revivre des ruptures violentes, retomber amoureux, vous moquer de vous-même, de vos voisins de classe, il faudra être prêt à vous mettre à poil, à ne plus vous mentir. Mais le voyage en vaut vraiment la peine. Il est de ceux qui semblent être taillé sur mesure, composés rien que pour vous. Là au détour de chaque port, de chaque pierre, le reflet de vos propres failles, de vos propres faiblesses, de vos espoirs déchus, de vos promesses perdues. Miroirs incorruptibles.


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Pas vraiment indispensable de convoquer des tonnes références, chacun y verra ses propres icones, de l’aridité des guitares à certains gimmicks électro entêtants, une certaine façon de porter fièrement une culture underground, un D.I.Y. punk – new-wave – garage (barrer la mention inutile), le fait de chanter en français pouvant parfois apparaître comme anecdotique (mais pas que… retourner au premier paragraphe). Du Miossec de Boire à la douce folie des Sparks, du Daniel Darc à fleur de peau aux années dorées de la cold wave anglaise, impossible de se fixer et tant mieux. C’est ce qui confère à cet univers sa singularité et le rend au final si émouvant (Bim Bada Boum pour n’en citer qu’un).

A la fois régressif et subversif.

Surtout assez jouissif.

Mais vraiment, j’arrête là, je me tais enfin.

Car il faut surtout écouter Joseph Bertrand.

Attention, risque d’addiction plus que probable.


Matthieu Dufour