Live report – Requin Chagrin – Les Trois Baudets (18 mai 2015).

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Comme quoi tout est vraiment relatif. Le format imposé des Soirées Klaxon des Trois Baudets par exemple. Trente minutes pour entendre une énième chanteuse française de folk barbu seule avec sa guitare, sa nostalgie et son ennui cela peut paraître interminable. En revanche quand il s’agit de la pop énergique, pleine de fraicheur (et déjà de maturité) de Requin Chagrin, c’est très frustrant tant on a envie d’en entendre encore au moins autant. Deuxième concert seulement et l’on a pourtant l’impression étrange de connaitre sur le bout des doigts ces chansons, ces mélodies imparables, ces petits bijoux gorgés de soleil et de mélancolie. Le groupe enchaine son répertoire naissant à la façon de vieux routiers mais avec l’esprit de la jeunesse, tressant un collier multicolore de tubes potentiels qui nous paraissent déjà bien familiers.  Adélaïde bien sur, entendu sur la compile de La Souterraine N°5, mais aussi Le chagrin, Ciao Rubello ou encore un instrumental épique juste accompagné de quelques whouhous en fin de concert et qui emporte tout. Au fur et à mesure que le set avance, la voix de la probablement timide Marion Brunetto s’affirme et s’impose aux côtés de ses riffs inspirés et conquérants. Ça file la pêche, c’est nerveux, hyper mélodieux. Un mélange détonnant : quelque part entre le savoir-faire tubesque des années 80 et de ses rythmiques diaboliques, toutes basses dehors, de la pop ensoleillée des claviers et surfeuse des guitares des 60’s et de l’abrasivité du rock alternatif des années 90.

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Il y a dans la musique de Marion Brunetto et de ses complices quelque chose de l’inéluctabilité du temps qui passe et de l’éphémère, cette impression d’entre-deux que l’on ressent malgré soi à l’arrivée de la fin de saison au bord de la mer, ce sentiment que la joie qui nous est donnée pendant l’été, les amours, les filles, les garçons, peu importe, que tout cela ne durera pas. Les boutiques ferment les unes après les autres, l’air est plus frais mais le deuil n’est pas fait. Partagés entre l’envie de rentrer, gagnés par l’ennui mais incapables de renoncer à quelques heures encore au bras de celle qui n’est déjà plus qu’un fantôme, on s’adonne alors à un dernier slow, aux derniers cocktails multicolores, aux derniers baisers, aux dernières ivresses de l’âme et de la chair. Dansante et mélancolique, la pop énergique de Requin Chagrin prend toute sa dimension en live, les instruments lâchés, débridés, le groupe alterne des hits qui feraient se relever n’importe quel Lazare de la terre et des morceaux de fin de soirée, ces mélodies qui s’étirent sans fin, quand les lumières se rallument, quand on hésite encore à quitter la scène, la salle, de peur de rater quelque chose. Requin Chagrin ira loin.

Matthieu Dufour


Requin Chagrin : Marion Brunetto (guitare/voix), Yohann Dedy (claviers), Romain Mercier-Balaz (batterie), Grégoire Cagnat (basse)