Des espoirs de septembre : The Apartments en tournée en France.

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No Song, No Spell, No Madrigal, est sans aucun doute l’un des événements musicaux de l’année. Retour inespéré d’une icône pop, ce disque en clair obscur, abordant par la face nord des sujets déchirants, est une merveille de disque plein de compositions magistrales. Jouées pour la première fois sur scène à Saint-Lô le 19 septembre dernier, ces chansons ont remué les tripes de quelques milliers de chanceux pendant une semaine. L’été indien s’accorde bien avec cet univers. Cette sensation d’entre-deux, cette conscience de l’inéluctable, cette impérieuse nécessité d’en profiter encore quelques instants. Rouen, Tourcoing, Paris, Rennes, Tours, Brest : partout les mêmes sourires, les mêmes yeux embués, émotions mêlées, en quelques mots partagés. Pas de noms connus ici (pour cela lire l’excellent papier de Slate : La saga des Apartments, trésor caché du rock australien, saga racontée par ses principaux acteurs), juste les paroles de quelques prénoms, de quelques anonymes comme moi qui ont bien voulu dire leur bonheur d’avoir assisté à l’un de ces précieux concerts.


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Peter’s friends

Au bar de la Gaité Lyrique, mon voisin est Nîmois. Il est venu avec un copain Toulousain. Il était déjà là en 2012. Et en 2009. Il n’aurait raté cette date pour rien au monde et ira aussi à Tours. « C’est l’un des groupes les plus importants de ma mythologie musicale. Les mots de Peter Milton Walsh ont toujours été là. Parfois ils m’ont sauvés » (Olivier). Ils viennent de partout : sur chaque date il y les locaux, les voisins, les régionaux mais aussi ceux qui fait des kilomètres pour voir le trop rare dandy australien chanter en France. Certains sont volontiers bavards sur ce qui les lie à ce génie des antipodes. D’autres préfèrent se taire, et garder pour eux ces sentiments, ces émotions si intimes qu’elles en sont difficiles à exprimer. Voire impossible tant on peut avoir l’impression de verser dans l’impudeur. Bien sûr il y a des tas de stars internationales qui remplissent des stades, génèrent des réactions hystériques et remuent des foules en délires. Mais peu d’artistes sont parvenus, malgré eux, sans le vouloir, sans s’afficher, à créer une telle relation avec leur public. Une relation faite d’admiration naturelle, d’amour sincère, d’empathie, de complicité réservée, cette impression d’appartenir à une communauté. Presque tous l’appellent « Peter », certains avouent avoir osé l’approcher sur Facebook pour échanger quelques mots et sont heureux de parler de « la gentillesse, l’élégance, l’humour » (Marie) « de ce chanteur qui se laisse ainsi aborder ». L’humanité de l’artiste, son authenticité, sont certainement des clés pour expliquer cette relation singulière qui se poursuit sur scène comme le fait remarquer François Remoué pour Froggy’s Delight : « un concert d’une grande élégance, d’une puissance musicale inouïe, et en tous les cas, d’une grand humanité »

Quand la musique est bonne

Il y a ceux qui suivent, ceux qui aiment depuis le début. Tous ceux là se souviennent de la découverte, du choc : « je ne me suis jamais remis de ce jour de printemps où mon meilleur ami a débarqué dans ma chambre avec Drift. Je suis immédiatement tombé amoureux de cette musique, elle m’a toujours été fidèle, elle… ». (Fred). Longtemps ils ont gardé ce secret pour eux, ou l’ont partagé entre initiés dans l’obscurité d’une chambre d’adolescent. De façon plus étonnante, il y a aussi de récents admirateurs ou des candides, des copines, des femmes de fans épris de cette musique pop singulière et peut-être trop élégante pour le monde actuel. Parfois elle ne connaissent la discographie de l’Australien mais sont venues en confiance. L’une d’entre elle m’avouera avoir pleuré à plusieurs reprises pendant le spectacle. Pour des chansons qu’elle n’avait jamais entendues auparavant. C’est dire la puissance magique de ces compositions. Florence : « la magie a opéré très rapidement sans que je puisse distinguer les morceaux les uns des autres, ni même comprendre les paroles. Je n’ai ressenti que la musique impeccablement orchestrée, les gestes d’une élégance rare de Peter, sa belle voix profonde, la très jolie voix de Natasha ». J’envie ces veinards qui ont encore tout à découvrir. « ‘’You’re not lost or broken yet », chante Peter Milton Walsh, m’arrache les larmes et tremblements contenus. Voir de près l’artiste, signant des disques et serrant des mains, lui tendre la mienne timidement sans pouvoir dire plus que deux mots absurdes, repartir tourneboulée, chamboulée, heureuse d’avoir un univers entier à découvrir, chercher, découvrir que le groupe existe depuis ma naissance, que je vais mettre des semaines à tout écouter tout découvrir, et me voila ouvrant la porte d’un univers à la mesure de l’émotion ressentie » Marguerite.

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Le style c’est l’homme

La fascination, l’impression d’appartenir à une secte à part, la magie noire, affleurent dans de nombreux commentaires. Il y a ceux qui comme moi écoute Drift ou The Evening Visits… en boucle depuis des années mais n’ont jamais eu la chance de voir Peter Milton Walsh sur scène. Comme moi ils sont surpris par l’énergie incroyable dégagée par ce survivant, ce corps qui s’agite comme possédé, cette transe pop. Pierre : « honnêtement je m’attendais à un truc pépère, lui et sa guitare face à nous, je n’aurais jamais imaginé un tel charisme physique, une telle intensité. Et puis ce style, cette classe : ça colle tellement bien avec ses chansons finalement. Quelle claque ». Ceux qui ne sont pas habitués sont impressionnés par la ferveur des fans historiques, Marguerite : «  de nombreuses bouches articulent les paroles, accompagnent la voix de Peter Milton Walsh et ses rugosités puissamment vivantes, les regarder est aussi plaisant et émouvant que d’entendre la douceur cuivrée d’une trompette à peine visible, mais dont le son me tire autant de bouleversements que la beauté des textes, dont je décèle et perçois la richesse sans en prendre toute la mesure ».

La famille

Tous insistent sur la qualité de la première partie. Là aussi il y a les fidèles, ceux qui savent les liens entre les deux groupes, ceux qui connaissent l’importance d’Emmanuel Tellier dans la relation de Peter Milton Walsh avec la France, mais il y a aussi qui sont venus pour leur star et découvrent avec enthousiasme la « pop euphorisante » (Jean), « tu as vu comme ils ont l’air contents de jouer » (Hélène), « musique élégante, enthousiasmante » (Bruno).

« Assurer la première partie des Apartments aurait pu s’avérer une tâche compliquée tant le dernier album du groupe de Peter Milton Walsh constitue un monde magique à lui seul. Mais les 49 Swimming Pools n’en ont pas fait un complexe, proposant un set plus court que lors de leur dernière étape tourangelle, mais brillant des mille feux d’un répertoire pop, folk et rock maîtrisé, léché, classique et moderne dans le même élan, où les grands espaces peuvent être « soooo British », les anglicismes « bourgueiĺlois » et les instruments vintage puissamment « out there ». Une place à part dans le grand bain du rock. » Frankie

Le groupe qui accompagne Peter Milton Walsh est unanimement salué, la voix de Natasha revient dans tous les témoignages, comme l’harmonie et la complicité qui se dégagent. Toujours François Remoué dans son live report pour le webzine Froggy’s Delight : « une formation métissée franco-australienne, avec cette impression qu’ils avaient toujours joué ensemble tant l’harmonie musicale était parfaite ».

Pascal Blua : « ‘’I am glad I didn’t wear my suit tonight…’’, C’est cette parole de Peter Milton Walsh, peu avant le rappel, qui résume sans doute le mieux cette soirée. C’est un concert « à nu ». Un concert sans scène. Un concert où le groupe est à portée de mains de la centaine de personnes réunie devant eux. C’est cette proximité, ce rapport simple, direct, qui nous a poussé à faire le trajet depuis Paris pour voir ce concert, dans une toute petite salle de Rouen, loin de l’apparat des grands soirs. Peter Milton Walsh, tel un chef d’orchestre adopte la gestuelle de ses paroles (il joue peu de guitare sur les chansons du dernier album No Song, No Spell, No Madrigal ). Les gestes sont amples, souvent lyriques, parfois douloureux. J’admire le courage qui le pousse à vivre — j’écrirai presque (re-vivre) — ces chansons en public, alors qu’elles représentent tellement d’intimité de vie. Le groupe le porte et l’emporte, uni autour de lui. La sublime version de « The Goodbye Train » qu’ils interprètent en rappel en sera la preuve magistrale… La vie est bien faite. Peter Milton Walsh est de retour. »

Pascal Blua, qui n’est pas n’importe quel spectateur puisqu’il est le graphiste qui réalise les pochettes de l’Australien (mais aussi celles des 49 Swimming Pools ou d’une autre icône pop, Michael Head), il est celui qui avec Emmanuel Tellier a piloté le retour de The Apartments avec cet album chez Microcultures et cette tournée, mais qui sait aussi retrouver son âme de fan et se souvenir du jour où lui aussi est entré dans la famille.

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Se souvenir des belles choses

« Superbe concert, incroyable moments d’émotions » (Philippe) », « Magnifique, énorme, grande classe » (Thierry), « Quel artiste, c’était magique, inoubliable » (Isabelle), « Un grand frisson, une communion, un moment de grâce indicible » (Florence), les témoignages se suivent et se ressemblent. Emmanuel Tellier en est persuadé depuis longtemps, lui qui a plusieurs fois convaincu Peter Milton Walsh de remonter sur le ring, certain que son public français l’attendait, serait là pour l’accueillir, le chérir, et lui dire, lui montrer combien son œuvre était importante. A chaque date d’ailleurs les cadeaux affluent. J’espère que Peter est bien convaincu qu’il est ici chez lui, à Tours ou à Brest, à Saint-Lô comme à Rouen.

Sept soirs en septembre, une petite tournée, terminée maintenant, sur Facebook les appels à d’autres dates, plus au sud notamment se multiplient. L’Australien est reparti à l’autre bout du monde avec ses démons et ses rêves. Il nous a laissé avec des millions de souvenirs, des lumières dans le cœur et dans la tête. Un peu inconsolables. Mais aussi une envie de serrer son voisin dans les bras. D’aimer. Et d’attendre la prochaine fois.

Je vais laisser Marguerite conclure : « Depuis j’ai écouté l’album Drift en boucle, « the goodbye train », sa version lente terrifiante et puissante sur laquelle je peux enfin pleurer, de joie et de tristesse mêlées, je me lève avec l’album Fête foraine et « What’s the morning for »…. le voyage ne fait que commencer, et je me suis promis qu’un jour, j’écrirai à Peter Milton Walsh ; quoi ? Ma gratitude, pour tant de beautés partagées. »

Please say : remember.


Matthieu Dufour