Top Concerts 2015.

Belle année discographique et très belle année live. Depuis le Festival La Souterraine jusqu’à un mois de décembre de folie en passant par le retour de Morrissey à peine un an après son dernier passage à Paris, petit passage en revue des concerts marquants.


Pris Spécial du Jury


La Souterraine a indéniablement changé quelque chose dans l’approche d’une soirée live, notamment pendant toute la période Olympic Café. Se pointer à l’heure et décontracté en no-go zone tout en sachant que ça démarrera bien plus tard, boire quelques pintes en attendant que les groupes arrivent, se faire rembarrer par le vigile en tentant d’exfiltrer l’une de ces pintes sur le trottoir, saluer les habitués, retourner en bas sans trop savoir à quoi s’attendre, repartir emballé par une découverte (Alphatra, France, …), frustré ou crevé. Pour l’ensemble de leur oeuvre ils méritent d’être dans ce top avec quelques moments mémorables : la transe France, la baffe Rhume, Gontard, Arlt, Facteur Chevaux, le retour de Silvain Vanot, les débuts de Requin Chagrin et Gisèle Pape, Rémi Parson ou encore les immenses Mendelson. Et on en reparle juste en dessous pour une fête un peu particulière.


13 novembre, La Souterraine fait la fête à la Gaité Lyrique. Dehors Paris est en état de siège, massacre au Bataclan, et nous coincés au sous-sol de la Gaité Lyrique. Nous étions venus applaudir les brillants Requin Chagrin, Rémi Parson et BCBG. Nous nous souviendrons nécessairement de cette soirée. Le chagrin, les cieux couverts de gris.

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« Retour étrange dans un Paris schizophrène, des allures de nuit du réveillon sur certaines avenues quasi désertes seulement arpentées par quelques fêtards à la recherche d’un taxi, mais aussi des images de guerre ou d’une autre époque quand au détour d’une rue une file ininterrompue de gyrophares et de sirènes vous tombe dessus. Place de la République, là où des centaines de milliers de Charlie avaient convergé en janvier dernier, au pied de la statue un tag : tu ne tueras point. La place est vide.

Retour à la maison, impossible de dormir malgré l’heure. Dire qu’on est bien arrivé, prendre des nouvelles, craindre pour ceux qui ne se manifestent pas, musique vissée sur les oreilles. Découvrir qu’une ancienne collègue était au Bataclan. Que des amis s’étaient retrouvés dans un bar à côté. Apercevoir sur Facebook le visage d’un copain dont ses proches sont sans nouvelles. Se dire des trucs cons, que la vie tient parfois à des goûts musicaux, à un concert complet, à une heure ou quelques minutes. Se promettre de ne pas renoncer à ceux de la semaine prochaine. Serrer son fils endormi dans ses bras. Pleurer. Finir par tomber abattu mais pas vaincu : « la suite appartient aux hommes » René Char* »


Et puis il y a eu le premier concert d’après. Arlt au Divan du monde. C’était  beau et émouvant. Je vous invite à lire le compte-rendu de Mélanie Fazi pour Le Cargo.

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Une excellente découvert en live, l’incroyable Caroline Rose. Genre de riot girl punk et décomplexée. Elle a quelque peu fait trembler les murs de la bourgeoise salle des Trois Baudets. Chaud.

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L’un des événements live de l’année c’est la tournée de The Apartments. Musique rare et précieuse, personnage rare et précieux, instants rares et précieux. Précédés des excellents 49 Swimming Pools, Peter Milton Walsh se révèle en meneur de revue pop brillant et charismatique. Un spectacle à la beauté intense, à l’émotion pleine, aux larmes proches. Une communion avec un public à fleur de peau. Vu à Paris et à Brest. Se souvenir des très belles choses. Cerise sur le gâteau pour les amateurs, la visite surprise d’une autre idole pop des antipodes.

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Peter Milton Walsh by Matthieu Dufour

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Les 49 Swimming Pools justement. Plus ils jouent et mieux c’est. Libres et enthousiastes, brillants et généreux, ils livrent à chaque fois des prestations emballantes. Cette année à l’Européen ils étaient encore une fois au top dans une veine parfois plus rock. Plaisir partagé. C’était l’univers magique de Pagan Poetry qui ouvrait la soirée. Quelle belle soirée.

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La Cavale de Robi fait partie de mes albums de l’année. Son concert au Pan Piper était également une vraie réussite. « s tubes (superbes versions de Ma Route ou encore On ne meurt plus d’amour) se mêlent aux nouveaux (Devenir FouNuit de fête, …) sans l’ombre d’une couture apparente. C’est cohérent, sexy, et magnétique. Robi est une ensorceleuse qui change la glace en braise dans un clair-obscur passionnant. Quand la cavale s’arrête, le public pourtant à bout de souffle en reprendrait bien encore un peu… »

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 Autre concert brulant cette année, Arman Méliès. Dans la foulée d’un album incandescent, l’artiste à mis le feu au petit théâtre de l’Atalante pendant le MaMa Festival. Il ne faudra pas rater le Café de la danse l’année prochaine. « Dans la lignée d’un album électrique et puissant, Arman Méliès a livré une performance absolument magnifique. Le format court ne pardonne pas aux artistes qui mettent du temps à entrer dans leur live. Ici pas de soucis. Le show démarre sur les chapeaux de roue et file à tombeau ouvert jusqu’à la fin pour laisser un public soufflé et debout en standing ovation bien méritée. Champion des paradoxes, Arman Méliès lâche les chevaux électriques avec une classe folle : la débauche d’énergie n’est jamais gratuite tant elle semble naturellement maitrisée, et pourtant une forme de douceur se dégage, une élégance innée. « 

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Armand Méliès a ouvert pour Dominique A il y a quelques jours au Théâtre du Châtelet pour ce qui sera peut-être le concert de l’année pour moi. Un artiste au sommet de son art, qui plane quelques milliers de pieds au-dessus de la mêlée. Une set-list libre, des version torturées, dont un épique Le courage des oiseaux, un show électrique. Je suis sorti remué. C’était très très impressionnant.

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Autre concert dense et beau, les Baden Baden à La Cigale. « Le set est brillant car cohérent, entier, dense mais fluide, humble mais puissant, les mélodies en clair obscur sont traversées de mille éclairs électriques ou électro. Une forme de sobriété luxuriante. Un concentré de beauté discrète et naturelle. Subtil exercice d’équilibristes pop qui séduit la salle et fait monter peu à peu une émotion intense et palpable. Un live à l’image d’un groupe peu bavard mais authentique et simple. Qui se concentre sur l’essentiel. Tout est à sa place, pas de fioritures inutiles ou d’enluminures superflues, mais ce n’est pas dépouillé pour autant : chaque morceau est riche de détails, d’arrangements, de subtilités. Le groupe fait régner une tension mélancolique permanente qui maintient le public en haleine. »

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Enfin, l’iconoclaste Jarvis Platine pour la fin et pour un live assez saisissant.

« Ça commence comme du Fernandel dans un numéro de comique troupier et ça se termine comme du Morrissey en crooner faussement désabusé. Entre les deux, les loups de Reggiani, du foutre, Véronique Courjault et les « salut » des Bérus. Les morceaux s’enchainent sans temps mort, arrachont régulièrement des rires et des bravos à ceux d’entre nous qui sont venus pour cela. Entre le très juste et drôle Alerte Enlèvement et le noir Pauline Partout, Justine Nulle Part, ce sont de véritables montagnes russes émotionnelles, on passe du rire franc aux frissons glacés d’effroi. Au moment où tu te laisses aller, où tu te relâches, trompé par son sourire enjôleur, il te plante ses yeux et ses crocs aiguisés dans ton petit cœur fragile. Un genre de manège enchonté. Un chomboule tout épidermique. Le public (enfin celui qui n’oublie pas sa misérable vie en sombrant dans le Spritz ou la pizza 4 fromages) est aux anges devant cette démoniaque façon de raconter la vie. Démonge. Car derrière tous ces mots bruts, ce regard acéré sur l’époque et la grande comédie sociale, il y a ce qu’il reste de nous, une petite part d’humanité.

Un samedi soir sur la planète Mars.

Jarvis Platini, seul, sa bite et son drapeau.

Chonmé »

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Matthieu Dufour

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