Festival La Souterraine – STRN FEST – Jour 1 – Colombey, Mocke Trio, France.

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On le sentait venir sur Facebook ces derniers jours, les organisateurs multipliaient les rappels, les messages se faisaient plus pressants, plus précis, la tension montait, bref c’était devenu du sérieux. Après avoir multiplié les soirées dans le sous-sol de l’Olympic Café, La Souterraine passait à la vitesse supérieure en programmant dix groupes pour ce festival de trois jours STRN FEST. Conservant la simplicité de l’approche des Fêtes Souterraines et le minimalisme de rigueur du décorum, il fallait maintenant compter avec le succès et l’ampleur prise par les activités orchestrées par Laurent Bajon et Benjamin Caschera au sein de cette entité protéiforme qu’est devenue La Souterraine. Et c’est à guichets fermés que se sont produits hier soir Colombey, Mocke Trio et France pour une première soirée déjà savamment puissante. Pari largement gagné pour une première soirée aux émotions intenses et contrastées.

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Colombey, l’un des projets de l’hyperactif TG Gondard, ouvrait donc le bal avec son coupe-vent d’un mauve – vert vintage improbable, une casquette visée sur le crâne et un remontant à portée de main. Alors que les médias se sont récemment emballés pour un groupe venu de l’Est de la France, les éructations minimalistes et tranchantes de Colombey (qui d’ailleurs n’est pas de là-bas) auraient vite fait de les relayer au rang de groupe de nantis germanopratins ou d’orchestre d’Hélène et les garçons. Machines réfrigérées et chant éjaculé pour un genre de R’n’Bière électro-punk premier degré qui livre une géographie sinistrée de l’intime. Road-trip nocturne romantico-désespéré dans des villes trop petites pour offrir un avenir mais trop grandes pour donner l’illusion d’un présent comblé. Seuls le shit et la bière fortement alcoolisée semblent pouvoir faire quelque chose pour nous. Pas certain que les Offices de tourisme de ces contrées froides et grises confient leur communication à Colombey. Prestation assez saisissante.

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Changement de registre avec Mocke Trio. Installé au premier rang, j’ai l’impression que l’on vient d’un seul coup d’autoriser les organisateurs à dépasser la jauge des 200 personnes tant les corps semblent se rapprocher dans cette salle qui ne saurait tarder à rallumer ma claustrophobie. Heureusement la musique de Mocke est une invitation à la fugue, au vagabondage, à l’espace. Les instrumentaux savants et bariolés de l’anguille s’enchainent avec fluidité. Je les reçois avec gourmandise. Brillant guitariste (Holden, Midget, entre autres…), son jeu est celui d’un virtuose tranquille, il a l’apparente facilité de ceux qui maitrisent leur art. Accompagné sur scène du batteur Pierre-Jean Grappin et du vibrionnant Chevalrex (ce dialogue vif et fin de guitares qui se répondent du tac au tac vaut toutes les mauvaises paroles du monde), il régale la salle avec cette musique inclassable et souriante. La température remonte de plusieurs crans.

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Restait donc à accueillir France, ce groupe vendu comme « Le Velvet Underground de Sister Ray, sans Lou Reed mais avec la vielle à roue, et en une trace de 45 minutes ». Dans une configuration étonnante et ramassée (le batteur très en avant sur la scène, les deux autres collés face à lui mais dans la salle, dos à la foule avec en main une basse et une vielle à roue), le trio entame une longue et impressionnante trace musicale. Hypnotique et sublime. Étirant la matière sonore avec des gestes précis, tournant autour d’une structure répétitive dense où d’infime variations viennent dramatiser cette spirale implacable et envoutante, France nous pousse inéluctablement à bout, jusqu’au laisser-aller total : la vision se brouille, l’espace et temps deviennent élastiques, le sol mouvant, la salle désormais sans murs, sans frontières ondule sans résistance, cela a duré une demi-heure, une nuit ou dix jours. C’est pareil. Proche d’une transe dont on ne peut plus se sortir et dont on espère qu’elle durera encore quelques instants bien que l’on sente que le point de rupture est proche, que l’air ne pourra pas résister à une pareille tension. Et ce qui devait arriver… La fin, public sonné, hagard, hésitant à croire à cette chute, les musiciens titubent, cherchent de l’air, s’échappent de cette salle devenue soudain si petite. Le choc.

La musique est bien une drogue.

Vivement demain.


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