Chronique – Odessey & Oracle and The Casiotone Orchestra.

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Sacrée alchimie que la musique des Lyonnais : on peut donc aujourd’hui produire un disque à la fois intelligent et touchant, esthète et bariolé, doux et flamboyant, référencé et hyper contemporain.

En équilibre perpétuel sur un fil mélodique qui relie les tenants de la pop flamboyante aux sorciers des harmonies baroques ou expérimentales, le trio flirte tour à tour avec les pures inventions des pionniers psychédéliques, la tentation d’une musique plus mystique, la musique classique, la joie quasi enfantine de la ritournelle médiévale ou l’ambiguité de la comptine toxique pour enfants insolents. En toute liberté. Semant des indices comme autant de fausses pistes, ils nous invitent à une incroyable chasse au trésor, musicale et démoniaque, qui nous oblige régulièrement à rebrousser chemin dans ce labyrinthe enchanteur peuplé d’étranges créatures. Un enchantement qui donne l’agréable impression d’une légère mais salvatrice déconnexion avec la parfois triste et froide réalité du monde de 2015.

D’un talent certain et d’une virtuosité évidente, d’une facilité parfois écoeurante les trois compères peuvent se permettre ces grands écarts et affrontent les montagnes russes de leurs compositions savantes avec autant d’élégance et de pertinence dans les montées que dans les descentes, ou encore dans ces décrochages que constituent les délicieux interludes aux effluves nostalgiques.

Je ne sais pas s’ils s’amusent à composer leurs chansons en matant des vieux Disney shootés aux Dragibus et aux Fruikipik, s’ils sont les descendants de la Fée Morgane et de Mandrake, s’ils ont pris du LSD avec Ken Kesey et les Pranksters au cours de l’été 64, ou s’ils font partie d’une secte sacrée, gardiens du temple, vestales veillant sur une musique aux origines mystérieuses qui ne doit être composée que par les initiés ou encore d’une sorte de ligue des musiciens extraordinaires. Peu importe finalement : ce dont je suis certain, c’est que ce disque me fait un bien fou à chaque écoute. En perpétuel mouvement, regorgeant de trouvailles, d’enluminures et de détails surprenants, c’est un album libre et réjouissant, généreux et raffiné : franchement euphorisant.

Un truc à se calfeutrer chez soi les jours de grand froid pour profiter de cette musique singulière et poétique loin, très loin des casse-couilles, des pisse-froid et autre empêcheurs d’écouter en rond qui ont envahi les médias, les magasins et les réseaux sociaux. Pur plaisir. Lumineux et emballant.

 

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