La mélodie des chimères – Chapitre 2 (Liva).

Diapositive3


L.

Je n’ai pas le choix. Je lui donne rendez-vous. Et je n’irai pas.

J’ai choisi un hôtel perché sur les pentes de Montmartre qui cache un jardin intérieur où s’épanouissent des hortensias gigantesques. Le couloir qui mène à la chambre est rempli de vitrines à bondieuseries. L’ecclésiastique qui tient le lieu m’a accueilli avec un sourire bienveillant de colon évangélisateur. Je lui raconte mon passé d’organiste noire le dimanche à l’église, pour les enfants de mon âge. Il est rassuré. Plus encore quand je le règle en espèces.

Matthieu et Facebook.

Fake Book. Fil d’actualité ininterrompu qui alimente nos nuits et nos jours.

Fake. Il ne sait pas que j’attends ses « BONJOUR » postés dès potron-minet. Véritables permissions de se lever, de se laver, de se maquiller, pour se montrer au jour dit et accomplir ce qui remplit notre vie avant la mort.

C’est comme ça que ça a commencé. Des photos surannées, des textes bien sentis teintés d’une ironie familière, des slogans hilarants. Des chansons fantômes venant boxer mon plexus solaire, au point de me donner envie de vomir.

J’attendais le petit rond vert. Cette petite pastille de menthe rafraichissante, indicateur indécent qui trahit notre activité coupable de lamentable petit lecteur de posts indigestes, complaisants, égocentrés.

Nous avons échangé force banalités. Nous nous sommes auto-encensés à propos de notre bon gout présumé et assumé. Voilà. Nous formons un couple fondé sur la communication et le partage.

Facebook. Facebook et le partage.

C’est ça… Aimez et partagez.

Allez vous faire foutre.

Je préfère retourner à mon missel.

Aujourd’hui, il m’attendra. Assis, nerveux à une table que j’aurais désigné à la fille derrière le comptoir. Elle a le maquillage discret mais son parfum est trop lourd. Je lui aurai bien conseillé de ne pas trop charger ses épaules rondes avec les volants ridicules de sa robe pin up années 50 mais je dois me presser. Je ne voudrais surtout pas le croiser. J’hésite à me dissimuler dans l’arrière-cour de l’immeuble pour le surveiller.

Nous ne parlerons pas. Pas des chansons que j’ai écrites, pas de mes images mentales, pas de mon passé.

Je vais compter le temps. Le temps qu’il aura mis à quitter ses amis et à arriver à ce non-rendez-vous. Mon rendez-vous. Mon arithmomanie.

Un jour, je lui écrirai une lettre. Quelque chose de court, de percutant, sans chiffre ni code. Quelque chose à n’y rien comprendre. Décompte.


Liva


Épisodes précédents

Chapitre 1 : Mikaël Charlot

Prologue : Matthieu Dufour