La mélodie des chimères – Chapitre 1 (Mikaël Charlot).

Mikaël Charlot du groupe La Rive a réagi à La mélodie des chimères en ajoutant sa touche à cette FICTION. Avec humour et finesse il commence ici ce qui pourrait devenir un cadavre exquis… Alors si cela vous dit, continuez l’histoire, écrivez, vous serez publiés. Merci simplement de me contacter pour qu’on organise la construction. Et un grand merci à Mikaël !



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Hier soir, j’ai dîné avec Matthieu Dufour…

6 mois que je ne l’avais pas vu. La dernière fois, c’était le 13 novembre 2015. Depuis, il y avait eu les évènements bien sûr mais surtout, il y a deux jours, il y avait eu l’affaire de la « fiction ». Sur Facebook, Matthieu était passé du statut de chroniqueur talentueux et sympa à celui de pourfendeur courageux de l’hypocrisie et de la médiocrité ambiante pour les uns, de brebis galeuse crachant dans la soupe pour les autres.

Hier, il est arrivé le dernier à notre rendez-vous. Je l’ai trouvé nerveux. Il regardait partout autour de lui comme s’il craignait qu’on le voit avec nous. Après tout, Didier, Pascal et moi faisions toujours partie de cette sphère de Facebook qu’il déteste tant et dont il souhaitait maintenant se détacher. Je ne savais pas comment j’allais vivre cette soirée car je lui en voulais un peu, m’étant reconnu dans un des personnages de sa fiction (même si bien sûr j’avais reconnu tous les autres aussi et qu’il y avait pire que moi). Je me rappelais notre premier échange il y a 2 ans, la façon dont il avait semblé impressionné par mes références et dont il notait tout (« Pain Noir ? Non, connais pas, j’irai écouter… »).

Hier soir, il n’arrêtait pas d’interrompre nos conversations, sur le vin bio ou sur Violette Records, réussissant à placer que François-Régis Croisier l’avait invité à une session d’enregistrement ou que Rémi Parson lui demandait son avis avant d’enregistrer chaque nouvelle compo. Il avait catégoriquement refusé qu’on le prenne en photo, prétextant qu’aucune photo de lui ne pouvait dorénavant être publiée sans l’accord de son attachée de presse et de son éditrice. Surtout, il avait l’air à cran, regardant chaque fille qui passait de façon insistante et marmonnant « petite connasse, pourquoi tu fais ta radasse » à la serveuse qui refusait de lui rendre son sourire.

L’ambiance s’est brusquement dégradée lorsque je lui ai demandé où il en était de son grand roman métaphysique sur lequel il travaillait par intermittence depuis des années. Là j’ai compris qu’il n’arrivait plus à écrire et qu’il avait dû sérieusement revoir ses ambitions littéraires à la baisse. Quand j’ai essayé d’ironiser sur le fait que c’était dommage qu’il arrête les chroniques au moment où on allait peut être réussir à finaliser notre album, il a répondu sèchement qu’on avait qu’à reprendre celle d’il y a 2 ans vu que personne ne l’avait lue et qu’on n’avait pas écrit un seul nouveau titre depuis cette date. Même si c’était vrai, le ton mauvais sur lequel il avait prononcé cette phrase m’avait choqué. On venait tout juste de nous amener nos plats quand son téléphone a sonné. Il est vite sorti en voyant le numéro qui s’affichait. Quand il est revenu, son visage était décomposé.

« C’est L », nous a t-il dit, « elle est à Paris pour 24 heures et veut que je la rejoigne à son hôtel » et il est parti en oubliant sa veste…


Mikaël Charlot