Chronique – Bruit Noir – I/III (by Greg Bod).

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Bêtement humain ,juste humain… Une des déclinaisons, une des infimes variations de ce que c’est que d’être humain, de se confronter aux autres, d’entrer en résonnance avec le monde.

Etre sensible, multitude éparse d’une identité, voilà à quoi je vous convie dans ces quatre chroniques à venir.

Car un être est entier et plein, facettes à contre-jour, car la monochromie ne peut être complète, car il nous faut des chasseurs d’occasions comme disait Dubuffet.

Ces chasseurs d’occasion glissent dans  ces fêlures entre les mots, qu’ils s’appellent Filip Chretien, Pascal Bouaziz, Arman Melies ou John Trap, ils sont la traduction de nos esquives.

Bêtement humain, juste humain… Fragile esquisse, méandre filandreux.


Greg Bod


Qu’y a t’il de plus fort que la radicalité du noir absolu ?

Ce qui dérange, ce qui irrite, ce qui révulse… Ce qui fait nous sentir vivants.

Ce qui refuse l’inoffensif, le neutre, le tiède.

Ce qui assume de ne pas être du troupeau. 

La musique d’ici, celle qui fait et prend sens a connu ses albums jalons. On ne rappellera jamais assez combien notre survie doit tant à L’imprudence, à Remué ou à la quasi totalité de la discographie de Gerard Manset.

Par album jalon, est-il vraiment nécessaire de  préciser que nous ne parlons pas de succès commercial mais de ces œuvres (osons le mot en en délaissant son caractère pompeux) qui firent école.

L’anecdote est bien connue qu’à sa sortie le premier Velvet Underground ne se vendit pas beaucoup mais que toutes les personnes qui eurent la chance de l’avoir entre les oreilles devinrent elles-mêmes musiciens.

Rappelez vous ce premier concert des Sex Pistols ou dans le public, pour ne citer qu’eux, se trouvaient les futurs membres de Joy Division qui comprirent ce soir là que leur vie à eux, ce serait cela.

A ces albums fondamentaux, il faudra rajouter le triple album sépulcral de Mendelson, sombre comme les oeuvres de Pierre Soulages, éprouvante comme le fracassage d’un corps.

On pensait ne pouvoir dépasser l’obscurité des Heures.

Pourtant Bruit Noir, le projet de Pascal Bouaziz (tête pensante de Mendelson) avec son ami et collaborateur Jean-Michel Pires ramène la noirceur des efforts précédents à un état proche d’une naïveté de jouvencelle.

De Requiem à Joe Dassin, de L’Usine à Joy Division, nulle porte de sortie dans cette voix désincarnée et froide. Il y a cette aigreur dure  et réfrigérante, presque rassurante tant elle est rude.

Ici, nulle afféterie, pas de coquetterie, pas de joliesse… Pas de compromis qui touche au sophisme. 

De l’horreur de la vieillesse aux abrutis qui nous entourent, des divisions de la joie et Primo Levi, l’horreur est dans le constat clinique du plaisir sale face à l’exhibition de l’atrocité.

Ce serait pourtant facile de réduire Bruit Noir à un seul grand monolithe désespéré, bien trop facile et rassurant.

On y rit parfois en grinçant comme des bibelots sans intérêt, on y trouve pas la tendresse mais on ne la cherche pas non plus.

On y cherche ce qui nous repousse, ce qui se refuse à nous… On voudrait se voir Pasolini quand on est qu’une diapositive de vacances, qu’on est qu’une petite portion d’un petit rien qui participe d’un grand rien du tout.

Bruit Noir nous dérange, nous fait entrer en zone d’inconfort… Rappelez-vous, ce vieux maître nageur qui au lieu de vous tendre la perche pour vous rapprocher du bord, vous regardait avec un mépris lucide et tournait les talons.

Rappelez-vous votre propre répugnance face à vous même, face à votre envie de laisser trace mais trace de quoi ?

Rappelez-vous la cohorte beuglante dont vous jurez que vous ne faites pas partie… comme les autres…

On n’entre pas dans Bruit Noir en catimini, de manière tiède…

Soit cela provoque la répulsion et c’est bien, soit cela provoque la répulsion et c’est bien aussi.

Car souffrir est vital, car souffrir est révélateur, ouvrez les veines froides de Bruit Noir…


Greg Bod



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