Chronique – Filip Chrétien – Les Traces (by Greg Bod).

1507-1


Chronique écrite par Greg Bod pour Radio U


Bêtement humain ,juste humain…

Une des déclinaisons, une des infimes variations de ce que c’est que d’être humain, de se confronter aux autres, d’entrer en résonance avec le monde. Etre sensible, multitude éparse d’une identité, voilà à quoi je vous convie dans ces quatre chroniques à venir. Car un être est entier et plein, facettes à contre-jour, car la monochromie ne peut être complète, car il nous faut des chasseurs d’occasions comme disait Dubuffet. Ces chasseurs d’occasion glissent dans ces fêlures entre les mots, qu’ils s’appellent Pascal Bouaziz, Arman Melies, John Trap ou Filip Chretien ils sont la traduction de nos esquives.

Bêtement humain, juste humain…

Fragile esquisse, méandre filandreux.

Là où d’autres préféreront nous confronter à la frontalité de nos paroxysmes, de nos colères et de nos rages pas ravalées, d’autres pratiquent l’art du pointillisme, pas un patchwork multicolore. Non, plutôt la beauté diaphane de mots et de jeu dans le non-dit. Un pointillisme où détails semblent foisonner et se diluer dans une impression car la volonté est d’imprimer nos veines, ces petites lignes de fuite qui traversent nos corps assoupis. Un pointillisme pour laisser des traces en nous.

Là où d’autres préféreront nous illuminer de leur lyrisme jamais loin de l’emphase, d’autres cherchent la vérité dans le murmure, dans les mots qui lassent les ombres. Car ici la démonstration se fait dans la suggestion, sans tapage. C’est beau comme le temps qui passe, comme le temps qui voûte le cuir, comme le temps qui nous saisit.

Bêtement humain, juste humain…

Précieux comme un frisson, précieux comme l’émotion gracile face à l’Adagietto de Mahler… Beau comme une mort douce dans les traces que l’on laisse entre écume et sable.

Filip Chretien, comme je le disais en d’autres temps, en d’autres lieux, c’est comme on dit en anglais, le Boy next door, le bon copain d’à côté. Le mec généreux, vrai, aux valeurs tenues. Le mec regardant en arrière mais toujours tendre avec ses erreurs, jamais avare d’indulgence.

Les traces, il nous en fait cadeau quelque part, ne se défaussant pas dans des faux semblants, acceptant pleinement ses influences (Daniel Darc, Miossec, Jean-Louis Murat) mais en y laissant ces hasards, ces accidents qui le font lui, seul et unique.

Les traces, il en fait un cadeau de partage, partage de lui avec nous, partage d’instants avec les artistes qui l’accompagnent sur le disque. D’Orso Jesenska dont il faut rappeler la beauté irradiante de son second album, « Effacer la mer » à la trop discrète Lou au travail sur un nouvel album ou encore Chafik Mohammedi de Lighthouse mais aussi le lumineux Jean-Louis Bergère. Chez Filip Chretien, c’est une auberge espagnole où le mot d’ordre est la sensibilité. Car Filip Chretien est un peu cette facette de nous, cette voix rassurante, confiante et prudente

Là où d’autres préfèreront se diffuser dans l’onirisme et le symbolisme, d’autres suivent des sillons plus sinueux. Car la mélancolie peut avoir la simplicité des souvenirs des Diabolo Menthe, car la mélancolie peut prendre les atours des choses de la vie, car la mélancolie peut ressembler à l’aventure.

Car l’aventure, c’est toujours et avant tout une main qui frôle et caresse.

Car nous en avons besoin pour poursuivre nos aventures..


Greg Bod – Chronique pour Radio U