Playlist – Summer.

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Summer au Pop In © Matthieu Dufour


Impossible pour nous de choisir cinq de nos morceaux favoris de tous les temps. Mais cinq titres aimés lors des deux dernières années ? OK, why not ?


BAPTISTE


Rook – Dream of the void as she comes inside me and unmakes reality and she dies and i die and everything is the color of burnt lawns and absinthe

J’ai saoulé Louima et Jean avec cette artiste. Je trouve que Rook fait les trucs les plus intéressants en ce moment. Notamment niveau mixage avec des espèces de bursts explosifs qui font totalement saturer l’ensemble de sa musique. Comme des pulsions urgentes qui ont absolument besoin d’être exprimées malgré la cohérence de l’ensemble.
Elle est vraiment très douée. Ses compositions sont extrêmement travaillées, avec des détails partout, des cuts dans la voix, des sons que l’on ne repère qu’à la 20ème écoute au casque.
L’album Deep Nausea, le premier, est une pépite qui pose les bases de la musique de Rook mais Void Fantasy, le deuxième, dont est tirée la piste sélectionnée, est beaucoup plus bourrin. Il est peut-être moins concept que Deep Nausea mais il fait totalement le boulot si on a envie d’être compressé dans le son. C’est entre la trap, la musique concrete, le djent, le noise rock, la musique indus et le post-punk. Y’a de la référence et des tentatives partout et ça fait du bien.
Ce que j’y aime par-dessus tout, c’est ce côté rien à battre des conventions, si ça sature de partout, si d’un coup tout est écrasé par la puissance d’un beat trop fort. C’est rare ce genre de musique et d’attitude, qui s’expriment vraiment avec tous les éléments de production à disposition.
Il faut écouter Rook, c’est bien mieux que Summer, haha !


Shitkid – Never seen a girl like me

Shitkid, c’est la découverte récente qui fait du bien. Y’a un p’tit côté Cindy Lee niveau mixage et minimalisme. Avec cette impression que l’air enregistré dans la chanson est sur le point de se mettre à saturer. Avec cette alerte au larsen. Écouté fort, on pourrait vraiment s’attendre n’importe quand à l’arrivée d’un son ultra criard mais qui ne vient pas. Mais sinon, rien à voir avec Cindy Lee, hein !
Ce serait plus proche d’un Yeah Yeah Yeahs enregistré sur un 4 pistes dont on aurait jeté la cassette dans l’eau et qu’on l’aurait ensuite nettoyé avec un sèche-cheveux.
Puis Shitkid a une superbe voix qui n’est quasiment jamais juste. On a presque l’impression d’être dans un karaoké auquel il manque un peu de puissance pour bien fonctionner.


Vampillia – Mirror Mirror

Dans un genre plus « lyrique », Vampillia fait de la magnifique musique. La plupart du temps éditées chez l’incroyable label japonais Virgin Babylon Records (qui a aussi édité les excellents Xinlisupreme, Ryoma Maeda, N-Qia…),  iels sont très nombreux·ses, genre facile 10 musicien·ne·s, très prolifiques avec plusieurs sorties d’albums par an, et font tout un tas de collaborations avec des artistes japonais. On peut par exemple noter le sublime album Alchemic Heart qui a une face B en collab avec Merzbow.
Pour filer une idée, tu prends Arcade Fire, t’enlèves les trucs un peu redondants, tu mélanges ça avec de l’opéra, du black metal, du math rock, et t’as à peu près Vampillia. Y’a de la voix lyrique, du violon, du chant guttural, des blasts de batterie, des guitares qui font brrrkkrrr, du beau piano, parfois deux batteries…
The Divine Move est un super album, on passe de la balade folk tire-larmes super belle comme “Lilac”, à de la comptine au piano trop mignonne, jusqu’à des chansons progressives super exutoire comme “Mirror Mirror”.
Dans Vampillia, y’a du moins bon aussi parfois, c’est assez inégal mais quand ils font un truc bien, c’est souvent excellent.


Finders Keepers – Woodland Band

Finders Keepers Records a fait une réédition en 2016 de la bande son de la série d’animation des Moomins. Cet album est incroyable, fait par deux musiciens, Graeme Miller & Steve Shill, avec un ocarina, un synthétiseur Wasp, une cassette audio de robinson crusoé, parfois vite fait une guitare.
Même sans regarder la série d’animation, les morceaux font bien comprendre les enjeux des situations, les aventures que les Moomins peuvent rencontrer.
C’est une véritable leçon de DIY, et je trouve cela génial : ces preuves très concrètes que si tu n’as pas grand-chose pour composer et enregistrer, tu peux quand même faire des trucs super cool avec une véritable identité.
C’est un album que je conseille fortement pour toute personne qui souhaite débuter l’autoproduction.


hsiu – Aubérica

hsiu, c’est de la nightcore. Plus spécifiquement de la lolicore mais passons. La nightcore, la plupart du temps, est un truc rigolo que l’on écoute pour le trip, pour rigoler ou se mettre mal à l’aise (surtout quand on tombe sur du France Gall en nightcore, par exemple…).
Mais cet album, c’est du très sérieux. On ne rigole pas, et ça fait du bien de voir un genre, plutôt orienté fun la plupart du temps, soudainement pris au sérieux.
You were beautiful when i loved you, you were beautiful when i lost you : un album plein d’amour pour les voix pitchées et les rythmiques rapides, classiques du genre. L’amour transpire, vraiment chouette.


JEAN


Aldous Harding – Horizon

En 2015, le premier album d’Aldous Harding m’avait déconcerté. Mais rien ne préparait au tsunami Party, choc 2017. Il serait injuste de réduire cette musique à une étiquette folk. Aldous pratique la transe, l’exorcisme, la possession en direct. Peu de lettres séparent finalement Aldous Harding d’Aldous Huxley. Elle me renvoie aux films d’Andrzej Zulawski, un cinéaste qui pratiquait avec ses actrices le vaudou. Party ressemble à de l’auto-possession, à de l’hypnose sur soi-même. C’est totalement effrayant car on ne sait trop si Aldous se range aux côtés de la Bête, mais cet état maléfique lui permet d’extirper en elle des choses parfois inavouables.


Churros Batiment – Satanique

L’époque est en manque de groupes français qui oseraient se débarrasser de leurs putains d’égos, qui transformeraient leur professionnalisme en fausse attitude branleuse. De ce point de vue, l’album Couteau des Churros, cette année, fut la claque inespérée. Pierre et David sont de véritables activistes, des punks contemporains. À la fois en tant qu’auditeurs (Pierre anime l’émission Franche Touche sur Radio Campus Grenoble) et musiciens intransigeants. Couteau est un disque foutrement bien écrit, joué et pensé (les textes sont d’enfer), mais le duo y ajoute une décontraction, ce refus nécessaire de ne pas trop se prendre la tête. Le geste est d’une importance capitale à l’heure où beaucoup de groupes ou chanteurs d’ici s’y croient franchement un peu trop…


Matthieu Malon La Coureuse

L’album Froids, le premier de Matthieu sous son propre nom (hors laudanum ou ex ex), m’avait touché en plein cœur. Outre l’héritage New Order, les mots conversaient avec certaines de mes préoccupations d’antan. Et à cette époque, il y a bien longtemps donc, les disques français intimes étaient rares. À titre hyper personnel, Froids détient également une importance particulière dans ma vie car ce fut Daniel Darc qui me donna son propre exemplaire CD.

Le dernier Matthieu, Désamour, est son plus beau disque sous le nom Malon. Comme hier Diabologum avec #3, il y a, je trouve dans cet album, un point de rupture, un palier lexical à obligatoirement prendre en compte. Impossible maintenant d’écrire en français sur la thématique du couple sans se référer à Désamour. Non seulement Matthieu dit tout, mais il y apporte une conclusion. Disque eustachien.


Léopoldine HH – Le garçon blessé

Il y a tout un courant de chanteuses françaises, depuis deux ou trois ans, qui bouleversent les codes, qui vivent leurs musiques jusqu’à la déraison, jusqu’au refus de se plier aux règles standards. La musique symbolise leurs existences. À la vie comme à la mort ! Le geste est d’autant plus admirable que le résultat pactise avec un monde intime, lynchien parfois, finalement unique (est-ce de la pop ? du folk ? du hip hop ? ou une réattribution alchimique ?). Eskimo, Mira Cétii, La Pietà, Pauline Drand, Rivkah, ou donc Léopoldine HH.

J’ai connu Léopoldine via un mail de présentation de son premier EP (en 2014), un mail tellement barré qu’il donnait automatiquement envie d’écouter le travail de cette artiste. Et en effet : c’était neuf, instinctif mais pensé, pas vraiment de la chanson ni vraiment de la pop ou du cabaret. Un univers ! Depuis, son premier album, admirable Blumen Im Topf, est certainement le disque que j’ai le plus écouté lors de ces deux dernières années. Pour ceux qui aiment Godard, Topor et Gwenaëlle Aubry… Ou la déraison !


« The » Nine Inch Nails in Twin Peaks – She’s Gone Away

J’aimais beaucoup Trent Reznor à l’époque de The Downward Spiral (en 94). Et puis j’ai changé mon fusil d’épaule durant la prétention adolescente. Sont-ce les louanges de Baptiste et de Matthieu Malon ? Est-ce un besoin cathartique ? Non : cette musique me touche à nouveau pour une raison Eraserhead.

Mon écoute NIN doit beaucoup à David Lynch. Je n’insisterai jamais suffisamment sur la révolution Twin Peaks (saison 3) – plus beau film de la décennie. Et dans le crucial épisode 8, « The » Nine Inch Nails apparaît sur la scène du Bang Bang Bar pour jouer ce morceau intense, totalement en harmonie avec le dégoût de la violence filmé aujourd’hui par Lynch.


LOUIMA


Kfuel

Mieux qu’un groupe avec quelques titres impressionnants et pas mal de merdes au fil des ans, mieux que mille groupes pour ce même résultat : une radio hebdomadaire ultra alimentée, le jeudi soir sur Canal B : Kerozene. Un filtre, une terre de contraste incandescente d’1h30, noise, post truc, pré machin, les inventeurs de la Front Wave.
Une réponse détendue à la question : « C’est quoi ce que vous faites ? ».

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202 Project

Croisé en 2008. Nous avions convenue de la difficulté à qualifier nos musiques, qui pour le coup avaient pas mal en commun sans pour autant se ressembler, et qui se confrontaient au même problème : comment faire pour que les boucles de guitare soient synchros avec les machines. Jessica93 a trouvé la solution, la Boomerang III.


Scorpion Violente

Front Wave crasseuse, de Metz à Miami.


Drive With A Dead Girl

Front Wave classieuse, lilloise.


Douce-Froide

Front Wave à venir….


Merci à Louima, Baptiste et Jean pour cette sélection aussi iconoclaste et intègre que leur musique. « Front Wave », dernier album indispensable à se procurer ici : Summer – Front Wave


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