eden daho tour – La Philharmonie (11 novembre 2019).

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Si l’Edenisme connait aujourd’hui une nouvelle ferveur, sa pratique a longtemps été considérée, au mieux comme mineure ou insignifiante, au pire comme une interprétation hérétique, voire une pratique déviante du culte Dahoïste.

Ce qui n’était qu’un secret partagé au mitan des années 90 par une poignée de fidèles (convaincus que derrière l’image lisse du Messie de la pop française se cachait un être fait comme nous de chair et de désirs multiples, un homme plus complexe, plus paradoxal), est devenu une évidence révélée au plus grand nombre : Eden est un magnifique album, libre et charnel.

Annoncé par le coup de semonce Résérection, ce disque est à la fois une renaissance, une épiphanie et une mise à nu. Mariant avec grâce, balades et beats entêtants, jungle et bossa, drum’n’bass et easy-listening, trip-hop et chanson, Eden déroute mais inspire et envoûte en faisant vaciller nos certitudes. Avec Eden, quelques masques tombent enfin.

D’ailleurs, quand le révérend Daho débarque, scintillant et chaloupant dans une Philharmonie à guichet fermé, la salle est déjà conquise. Précédé des iconiques Saint Etienne, accompagné des fidèles (Mako, Piérot, Rabaté, Giuliani), d’un quatuor à cordes, et de quelques invités de prestiges (Brigitte Fontaine, Arnold Turboust, The Comateens), le maitre de cérémonie se présente sur fond de couleurs changeantes (superbes lumières) pour réciter cet Évangile trop longtemps égaré. S’il prévient ses ouailles enamourées qu’il n’y aura pas de tubes ce soir, si une certaine fébrilité accompagne les premières mesures du si bien nommé Au commencement, la suite du tracklisting, scrupuleusement respecté, comble les fervents adeptes de cet album et fait peu à peu chavirer les convertis les plus récents.

La face A défile, fidèle, prouvant aux mécréants que ces grandes chansons sur un fil, sont pour la plupart intemporelles (Les Passagers, Un serpent sans importance, Les Pluies chaudes de l’été, le merveilleux Les Bords de Seine et la voix d’ailleurs d’Astrud Giberto). Me Manquer se souvient que ce disque est né dans la chaleur et les fulgurances électros des nuits londoniennes, comme un prélude aux hymnes de la face B qui suivront le sensible De bien jolies flammes (sous un magnifique ciel rougeoyant d’une salle transformée en chapelle hédoniste couleur sang).

Si la grâce éternelle et la beauté orchestrée de Soudain saisit la pieuse assemblée et fait monter la température d’un cran, la foule venue communier ne se fait pas prier pour basculer dans une transe technoïde et stroboscopée quand arrivent le diabolique L’Enfer enfin (ses fados étranges, ses anges doux et pervers, sa jupe orange) ou les imparables Rendez-vous au jardin des plaisirs et Des adieux très heureux. Entre temps, l’intimiste Timide intimité ou le vénéneux Quand tu m’appelles Eden, seront venus rappeler aux plus sceptiques que la pratique de l’Edenisme est un remède à la morosité et un premier pas vers la liberté et le plaisir.

Car dans un concert de Daho, et de cet Eden Tour en particulier, il n’est finalement même plus question de musique mais surtout d’amour. Quand Étienne regarde la salle en clamant « Je résérecte encore », chacun le prend personnellement et bascule vers un final coloré, sensuel, baroque et parfois barré.

En ayant terminé avec l’album proprement dit, Daho enchaine comme annoncé avec des titres du brillant maxi Résérection Jungle Pulse avec Brigitte Fontaine, Le Baiser Français ou encore l’archi-pop He’s On The Phone (soit la version anglaise de Week-End à Rome) avec la craquante Sarah Cracknell.

Juste avant les rappels (X Amours, des reprises de Warm Leatherette, Walking on Thin Ice et un Get Off My Case sur-vitaminé en duo avec les Comateens), Idéal et le tubesque Le Premier Jour du reste de ta vie seront venus mettre en beauté un point presque final à une soirée généreuse, émouvante et voluptueuse.

Soirée miraculeuse eu égard à l’accueil de l’album à sa sortie, cette messe du souvenir s’est donc rapidement transformée en une grande et joyeuse cérémonie païenne œcuménique. Car l’Edenisme est un syncrétisme qui réconcilie tout ce que les autres prêcheurs ont toujours voulu opposer. Chez Daho, retrouvés ou perdus, le paradis et l’enfer ne font qu’un. Chez Daho, la chair et le coeur, le corps et l’esprit, le romantisme et le sexe, la joie et le doute, la douleur et le plaisir, le jour et la nuit ne sont pas des contraires, des ennemis, mais les faces d’une même pièce, un jeu de yin et de yang qui se joue chaque jour au plus profond de chacun de nous. Eden ou l’hymne à la vie.

Je le confesse volontiers Étienne : ça me plaît, ça me touche beaucoup, quand tu me chantes Eden, Eden, Eden, … oh vraiment j’aime beaucoup quand tu me chantes Eden, Eden, Eden…


© Matthieu Dufour


Live Report Étienne Daho Olympia 2014

Live Report Soirée Tombés pour la France 

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