Interview – Rémi Parson.

L’écoute en boucle de « Précipitations », l’excellent album de Rémi Parson sorti le 1er janvier m’a donné envie d’en savoir plus sur cette nouvelle trouvaille du label Objet Disque. Vous pouvez retrouver la chronique du disque ici : Chronique – Précipitations – Rémi Parson.  Il sera en France le 12 février pour une Fête Souterraine à ne pas rater (avec La Féline et Maud Octallinn).


Rémi-ParsonCe qui m’a frappé d’emblée dans le disque c’est le côté immédiatement familier de tes mélodies qui s’ancrent tout de suite en tête. Souvent, en interview, Daho (un maitre en la matière) dit qu’il « entend » de la musique dans sa tête tout le temps : ça fonctionne comment pour toi, ce sens de la mélodie te vient d’où ?

Merci ! Je ne sais pas trop d’où elles viennent, elles ne semblent pas stockées en tête, prêtes à surgir. J’ai besoin de gratter, de pianoter, de tapoter pour les voir se former. C’est pour ça que j’accumule les instruments, les synthétiseurs en particulier car chaque nouveau son m’inspire beaucoup. Il m’est arrivé de me la jouer expérimental par le passé mais ce sont les mélodies qui me passionnent le plus.

Tu es assez « précoce » : tu as toujours joué et composé ? Ton environnement familial était musical, artistique ?

J’ai emprunté la guitare de mon frère quand j’avais 11-12 ans et j’ai commencé à enregistrer sur un magnétophone. J’ai rencontré un camarade de classe batteur puis Bruno vers 13-14 (c’est lui qui va m’accompagner sur scène pour défendre l’album) et je n’ai jamais arrêté. Je me rappelle que lorsque je rentrais d’une répète avec le groupe, je me mettais à mon 4 pistes pour enregistrer ‘mes’ chansons.

Mon frère a un tempérament très artistique, il est plus âgé que moi et a joué dans un groupe dans les années 80. Il écrit, dessine, et surtout photographie. J’ai souvent l’impression que la musique m’est tombée dessus comme ça, pan ! Mais c’est sans doute grâce à lui que je l’ai découverte. Il l’écoutait très fort, de l’autre côté du mur, je n’avais qu’à tendre l’oreille. Ma mère n’aime pas beaucoup la musique du coup, on ne s’est pas toujours compris…

Quels sont tes premiers souvenirs musicaux, enfant ?

J’ai passé mes jeunes années à écouter des disques 45 tours de contes : Riquet à la houppe, Cendrillon aussi Sinbad le marin… Enfin tous les tubes. Il y avait quelques interludes musicaux et des grosses voix qui me faisaient frémir.

C’est de l’ordre du « vital » pour toi la musique ? Comment tu conjugues cela avec un boulot à côté ?

J’ai cette drôle de fringale de vouloir écrire quand je lis un livre, peindre à la sortie d’une expo etc… Mais la musique est tout pour moi, cela m’obsède complètement. J’arrive à conjuguer cette passion avec mon travail car je ne compose pas souvent dans mon temps libre mais plutôt dans des moments bizarres, très brefs, coincés entre les obligations du quotidien. Mais je ne dirais quand même pas non à ne faire que ça.

Electrophönvintage, The Sunny Street, tu as déjà un parcours riche et varié, des configurations et des styles différents, il y avait un projet précis derrière ou c’est le fruit de rencontres, d’envies, ça s’est fait naturellement peut-être ?

Electrophönvintage, c’était un projet solo qui s’est transformé en groupe. J’ai enregistré mes premières chansons vers 1999 et j’ai fait la rencontre de Pierre Antoine Delpino à Montauban qui s’occupait du label Plastic Pancake. Il a sorti mon premier 45 tours et cela m’a poussé à continuer. J’ai eu un autre groupe entre temps qui s’appelait A Place For Parks et qui était signé sur We Are Unique Records. Mais j’ai toujours continué Electrophönvintage en parallèle, comme un journal intime musical. Pour The Sunny Street, c’est la voix de Delphine, ma femme, qui a tout déclenché. J’ai du mal à tenir en place, je suis terriblement impatient alors il a pu m’arriver de multiplier les projets pour que quelque chose se passe, quitte à se… Précipiter.

Pour « Précipitations », si l’on s’en réfère à ta bio, tout a été écrit et enregistré d’un trait, c’était quoi l’idée ou l’envie ?

J’ai tout enregistré d’un trait et tous les morceaux sont dans l’ordre de leur création. J’ai reçu un synthé pour Noël dernier, j’ai enregistré la Tristesse, puis Droguerie. Je trouvais cela bien, je me sentais vraiment en phase avec ces chansons et j’ai eu un coup de pouce et un coup de bol. Un de mes amis a envoyé un tweet à Magic ! qui a publié un petit article sur son site. Les sept autres morceaux sont arrivés dans la foulée. Mais ce n’est pas un concept. J’ai aimé la spontanéité du processus et j’ai voulu conserver cet élan un peu fou.

Tu peux nous parler un peu de quelques titres, il y en a qui te sont plus chers que d’autres, qui comptent plus ? Ou finalement tu le vois comme le tout que tu as conçu ?

J’aime beaucoup Papier carbone parce qu’elle correspond bien à ce que je voulais faire, un truc froid mais fougueux, triste mais un peu pince sans rire aussi… La tristesse aussi parce que je me souviens de l’excitation quand j’ai entendu ce son de basse pour la première fois. Je pourrais toutes les passer en revue mais bon, je vais me limiter à Machine à vivre ; j’étais content de la greffe chanson et cold wave sur celle-là, du bancal et de l’efficace. Elles ne viennent pas de nulle part car j’ai des idées très arrêtées depuis très longtemps, mais beaucoup des chansons de l’album m’ont surpris. C’était une belle expérience.

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Il y a cet équilibre (que j’aime chez des gens comme Daho encore, ou peut-être Lescop aujourd’hui) entre ces mots, notamment ceux « quand on est mal »… et l’écrin mélodique plus léger… Il se dégage cette mélancolie qui n’est pas du tout triste en fait… C’est vraiment bon 😉

C’est une très bonne compagnie, merci beaucoup. Je suis quelqu’un d’un peu pessimiste assez sombre mais en même temps j’ai besoin de faire le zouave, de même j’ai une timidité inhabituelle qui se caractérise par une bavardise pathologique, pour mieux me cacher sans doute. Si c’est l’effet que font les chansons, elles peignent de moi un portrait fidèle. J’ai voulu jouer avec le côté triste le plus sincère et aussi le grotesque que cet apitoiement peut avoir. C’est ma façon d’en rire, d’essayer de trouver le bon dosage. J’aime ce mot mélancolie, c’est parfait.

Il y aura l’inévitable références aux années 80’s, que je ressens comme assumée : musicalement que représente cette période pour toi ? Tu y as des influences fortes, des goûts particuliers ?

Je ne comprendrai jamais le rejet de cette décennie. Jamais. Je ne suis pas dans le culte pour autant. Je ne travaille pas avec du matériel de pointe ou ultra authentique comme certains groupes synth wave mais j’aime l’atmosphère de table rase, la sophistication, la noirceur superficielle et la superficialité profonde de cette période. Je serais malhonnête si je ne citais pas New Order, The Cure, The Wake période Factory… J’adore la pop et l’idée d’une dance music un peu humaine, faillible et pas tellement dansante. C’est un peu louche…

Tu écoutes quoi sinon ? Tu as des coups de cœurs récents ?

Je n’écoute pas beaucoup de musique, mais j’adore lire des chroniques ou des interviews ou des livres sur la musique. Je ne m’emballe pas souvent pour des albums entiers mais plutôt sur des chansons. Mes coups de cœur récents sont Chevalier Avant Garde et Jon Maus et je redécouvre aussi beaucoup de groupes à côté desquels j’étais passé comme The Chameleons par exemple.

Quelles seraient tes autres sources d’inspiration : cinéma, littérature, etc. ?

Le cinéma est très cher à Londres alors je me contente de ce que je peux trouver sur Internet, je regarde des séries, comme tout le monde j’ai l’impression ! Je reviens de Paris où j’ai un peu dévalisé Gibert Jeune mais j’ai du mal à trouver le temps de lire, ce qui me désole. J’ai de très belles étagères bien remplies par contre. La littérature qui m’a beaucoup influencé est américaine, faite d’observation, de petits détails, d’atmosphères tellement précises qu’elles en deviennent abstraites. J’ai toujours peur que ça dégouline alors je m’inspire de cette école-là. J’ai étudié l’histoire de l’art, par manque d’imagination tout autant que par passion dévorante alors c’est peut-être ma source d’inspiration la plus grande. Les expositions me stimulent : m’énervent ou me renversent. J’aime aussi me renseigner sur la vie des artistes, leurs trajectoires. C’est pour moi la vie rêvée, même lorsque l’on n’est pas un génie ou que l’on n’est pas riche, ni reconnu. Le père de Delphine est artiste peintre et j’envie son existence parfois, au moins son état d’esprit.

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L’environnement britannique est stimulant, il y a toujours cette énergie « cool » à Londres ?

J’avais vraiment marre de la France quand je suis parti et je ne me suis jamais senti aussi français et aussi intéressé par mon pays que depuis que j’habite à Londres. C’est le symptôme classique j’imagine. Mais j’y suis bien. C’est véritablement très cool et très intense. C’est une ville difficile par son prix, sa taille, mais tellement agréable. Les gens sont ouverts, pas stressés pour un sou et puis on peut y être anonyme, c’est un sentiment assez grisant. Il y a quand même des choses qui manquent comme la nourriture et la chaleur car c’est 12 degrés 8 mois par an et saucisses un peu suspectes…

Tu es « exilé » à Londres, quel regard portes-tu sur la scène musicale française, tu te sens proches de groupes, d’artistes ? Il y a tout ce qui se passe dans la mouvance de La Souterraine

Elle en plein boum et c’est incroyable ! J’espère que ce n’est pas qu’une mode. Je ne me vois pas, comme dirais Dave, faire le chemin à lenvers et revenir à l’anglais car je trouve que c’est quand même plus beau de s’exprimer dans sa langue surtout que je suis bien placé pour savoir que les anglais n’en ont finalement pas grand-chose à faire. Combien de fois des gens sont-ils venus me voir pour me dire qu’ils adoraient le français alors que je chantais en anglais… Je porte sur cette scène un regard très bienveillant et assez peu connaisseur mais j’essaye de rattraper mes lacunes. La Souterraine est très bien pour ça, ils ont les oreilles très affûtées, la preuve !

Comment t’es-tu retrouvé chez Objet Disque ?

Grâce à la Souterraine justement. Benjamin (Caschera) et Laurent (Bajon) avaient fait la rencontre de Rémy (Chevalrex) qui a créé le label et qui était motivé pour sortir mon disque. On s’entend bien et je suis content que tout se soit fait si vite.

La scène tu aimes ?

J’ai beaucoup joué par le passé et je n’aime pas toujours cela, mais avec ce disque j’ai trouvé une formule qui me correspond bien, très mobile, très bricolée et très énergique qu’il me tarde de présenter. Je joue avec mon ami Bruno et les versions ont beau être assez différentes du disque, je trouve qu’elles en gardent l’esprit. Je crois que je vais beaucoup aimer la scène avec ce projet.

C’est quoi la suite de l’histoire ?

Jouer le plus possible du coup. Je participe à une soirée Souterraine à Paris le 12 février avec La Féline et Maud Octallinn et puis je vais faire une petite tournée en avril. Je vais me remettre à composer et à enregistrer car cela me manque. J’ai déjà plein d’idées.

Merci Rémi !